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Tome 5 : L comme Lacassin. Francis Lacassin et l'autre littérature
(A l'occasion de la sortie de ses Mémoires. Voir aussi Tome 1 : Notes de lecture 6, pour Gustave Le Rouge, et Tome 2: Notes 8 (suite 2): Haggard et Kipling, pour Rider Haggard)
 

Francis Lacassin vient de publier ses Mémoires. Qu’il a sous-titrées Sur les Chemins qui marchent. Il aurait aussi pu dire Sur les Chemins de la Liberté si ce titre n’avait pas déjà été pris. Ou les Chemins du Rêve. Des Chemins que j’ai souvent suivis moi-même. Et avec Lacassin comme guide. Voir n° 3665 Francis Lacassin : Mémoires – Sur les Chemins qui marchent, édit. Editions du Rocher, Monaco, 2006.
C’est dans mon chapitre B comme Boyer au tome 1 de mon Voyage que je parle de ces gens qui sont des intermédiaires, des ouvreurs de chemins, des passeurs. Régis Boyer qui a traduit et commenté tant de Sagas, étudié la culture et les mythes des anciens Scandinaves, traduit l’Edda, raconté l’épopée des Vikings, traduit des romans scandinaves contemporains et qui, bien que Professeur à l’Ecole des Hautes Etudes, ne dédaigne pas d’accompagner des groupes de voyageurs intéressés par l’Islande pour le compte de l’Agence de Voyages Clio, en est un exemple typique. J’en cite d’autres, comme Dars qui a passé dix ans à traduire le grand roman chinois classique Au Bord de l’Eau, ou l’universitaire australien Boyd pour ce qu’il a fait pour nous faire aimer et comprendre l’œuvre de Nabokov, ou Piroué qui nous a fait connaître l’autre Pirandello, le romancier, le Sicilien, l’auteur des Nouvelles pour une Année, ou t’Serstevens qui a passé huit ans à étudier la vie et l’œuvre du Père Labat et qui dit qu’il le quitte à regret car il a l’impression de perdre un ami. Tous ces gens sont des passionnés et ils nous passent leur passion…
Et Francis Lacassin est un passeur lui aussi. Encore un qui ne vit que pour sa passion. Passionné par l’autre littérature, celle de l’action, du rêve, de l’imagination, de la fantaisie. Son travail dans ce domaine est tout simplement époustouflant, c’est le travail de toute une vie. Recherche de manuscrits, de publications perdues, ou cachées ou anonymes. Recherche sur les auteurs. Mille préfaces, postfaces, commentaires, études approfondies. Un vrai travail d’éditeur dans le sens anglo-saxon du terme: trouver les textes, les authentifier, les expliquer et puis les publier.
  
Dans ses Mémoires Lacassin retrace tout le chemin parcouru et relate les nombreuses rencontres qu’il a faites d’hommes qui, comme lui, ont eu le goût de cette autre littérature.
C’est au cours de son service militaire en Algérie (il a été libéré au début de l’été 59 et moi j’ai commencé mon service en octobre de la même année) qu’il a découvert une étude sur Simenon de Narcejac, le Cas Simenon. Impressionné par le livre il écrit à son auteur et finit par faire la connaissance des deux compères Narcejac et Boileau. Ce qui lui donne une première ouverture vers le roman policier. Plus tard il deviendra l’ami de Georges Simenon lui-même, de l’anarchiste Léo Malet et fera publier toute l’œuvre de Boileau-Narcejac en 5 volumes de la collection Bouquins. Auparavant, en 1974, il éditera dans la collection 10/18 une Mythologie du Roman Policier, un ouvrage aujourd’hui introuvable mais que j’ai heureusement retrouvé dans la bibliothèque de ma fille qui apprécie Francis Lacassin autant que moi. Cet essai volumineux qui commence bien sûr avec Poe et Sherlock Holmes, continue avec Arsène Lupin, le Father Brown de Chesterfield, Louis-Joseph Vance, Charlie Chan, Dashiell Hammett, Pierre Véry, William Irish, le détective Philip Marlowe de Raymond Chandler, un auteur plus connu par ses nouvelles fantastiques, Jean-Louis Bouquet, un illustre inconnu, du moins pour moi, Kenneth Fearing, une star de la science-fiction, Fredric Brown, et finit avec la paire Boileau-Narcejac et le chantre de Haarlem, Chester Himes, cet essai, dis-je, est tout à fait original car il considère le roman policier comme un avatar de l’ancienne épopée (d’où la recherche des mythes qui le sous-tendent), une épopée bien terre-à-terre, «un produit, une scorie de la civilisation urbaine».
Contrairement à Lacassin je suis revenu d’Algérie définitivement guéri de mon goût pour le genre. Je ressentais ce long service militaire (28 mois) comme du temps volé à ma jeunesse. Et jouer aux cartes et lire des romans policiers était devenu synonyme de tuer le temps! L’horreur. Et pourtant j’avoue que l’époque connaissait une révolution dans le genre. Le temps des détectives résolvant des énigmes dans une histoire abstraite peuplée de personnages sans caractère et sans psychologie était révolu. Voici venir le temps du roman d’atmosphère à la Chase, Hammett et Chandler. A la Goodis aussi. Et puis Léo Malet, l’ancien anarchiste et trotzkiste (et éternel dépressif, nous apprend Lacassin) pour lequel j’éprouve encore aujourd’hui une certaine tendresse. Et j’aime bien regarder de temps en temps Guy Marchand interpréter Nestor Burma à la télé. Avec sa voix désabusée, son air nonchalant, plus intéressé par le jazz, semble-t-il, que par sa carrière d’acteur. Quant à l’étude de Simenon par Narcejac j’aimerais bien la dénicher puisqu’elle établissait dès le milieu des années 50, d’après Lacassin, que ce qui intéressait Simenon ce n’était pas tellement de créer une «atmosphère» mais d’abord de comprendre l’homme et que les thèmes récurrents étaient la relation père-fils, la relation mère-fils aussi (celle de Simenon avec sa mère est restée difficile jusqu’à la fin), l’homme humilié, la solitude.

Et puis Lacassin découvre que l’un des deux créateurs de Fantômas, Marcel Allain (l’autre étant Souvestre), est toujours vivant. Et bien vivant! Et le rencontre. Et entre ainsi pour la première fois – mais pour toujours - dans ce monde qu’il appellera l’Empire caché. Cet Empire de l’imaginaire et du fantastique qui ne se révèle qu’à ceux qui ont pu conserver leur âme d’enfant (voir n° 1604 Francis Lacassin : A la Recherche de l’Empire caché, édit. Julliard, 1991). Personnellement je ne partage pas tous les enthousiasmes de Lacassin. Fantômas ne me fait pas jouir. Et Harry Dickson non plus. Même si les deux ont leurs admirateurs. Fantômas est acclamé par Apollinaire et les poètes surréalistes (Robert Desnos compose la Complainte de Fantômas). Quant à Harry Dickson, il paraît qu’Alain Resnais a rêvé toute sa vie d’en faire un film (mais Alain Resnais m’étonnera toujours: comment un homme qui a tourné un film aussi dramatique que Hiroshima, mon Amour et un autre, tellement intellectuel, L’Année dernière à Marienbad, peut-il, l’âge venu, créer quelque chose d’aussi délicieux et léger que On connaît la chanson?).
Pourtant je suis sensible au fantastique. Ainsi j’adore la Reine du Sabbat de Gaston Leroux (voir n° 1605 Gaston Leroux: Œuvres, édit. Bouquins/Robert Laffont, Paris, 1984, avec, comme d’habitude, préface, chronologie, bibliographie, filmographie, etc. de Francis Lacassin). Comment l’expliquer? Peut-être par ce qu’en dit Tolkien (déjà cité): tout auteur de fiction quel qu’il soit crée un monde, un monde secondaire. Le lecteur y entre ou n’y entre pas. Une fois entré il y reste tant qu’il y croit (ou, ajouterais-je, qu’il en subit la fascination). S’il n’y croit plus, ce monde secondaire s’écroule et son créateur a raté son but. Fantômas est trop mal torché pour que j’y croie. D’ailleurs Allain reconnaît que lui et Souvestre (ils alternaient, chacun dictant un chapitre à tour de rôle) ne se sont jamais pris au sérieux et ne se relisaient jamais. Quant à l’œuvre de Jean Ray j’ai bien essayé de m’y intéresser sur la recommandation de Lacassin et acheté plusieurs des Aventures de Harry Dickson parus chez l’éditeur Néo (Nouvelles Editions Oswald), mais je n’ai jamais réussi à entrer dans son univers. Peut-être parce qu’on y mélange un monde réel, celui du détective, avec des événements fantastiques jamais expliqués. Il me semble que Gaston Leroux ne mélange jamais les genres: policier, fantastique et roman populaire (Chéri Bibi) sont soigneusement séparés. Et en plus Leroux soignait son écriture. Mais peut-être suis-je malgré tout trop rationnel…
D’ailleurs Lacassin est aussi fasciné par le surnaturel, par les expériences spiritistes de Conan Doyle et de Victor Hugo et il est l’ami de Bergier, auteur avec Pauwels, du Matin des Magiciens (voir n° 1602 Louis Pauwels / Jacques Bergier : Le Matin des Magiciens, Introduction au réalisme fantastique, édit. Gallimard, Paris, 1960). Encore un domaine auquel je reste complètement fermé.
Par contre je suis infiniment reconnaissant à Lacassin pour sa redécouverte de Gustave Lerouge. J’ai dit ailleurs combien j’appréciais celui que Cendrars admirait entre  tous (voir C comme Cendrars et Notes de lecture 6 dans le premier tome de mon Voyage). Or Lacassin a travaillé plus de dix ans pour reconstituer sa vie et son œuvre (il a même mis 20 ans pour retrouver le texte complet de Todd Marvel, détective milliardaire publié en 20 fascicules dont le premier lui a été donné par Boileau). Et c’est encore lui qui a établi que les fameux poèmes que Cendrars avait prétendu avoir composés en utilisant des matériaux tirés du Docteur Cornélius existaient bel et bien et se trouvaient dans Kodak (plus tard rebaptisé Documents). C’est en 1965 que Lacassin commence son travail sur Le Rouge. C’est là qu’il rencontre un personnage curieux, ancien inspecteur des ventes, et qui va se lancer dans l’édition, Jérôme Martineau. Et c’est avec lui qu’il va rééditer le cycle martien de Le Rouge: voir n° 3251 Gustave Le Rouge: Le Prisonnier de la Planète Mars – La Guerre des Vampires, édit. Jérôme Martineau, Paris, 1966). Mon exemplaire qui date de juin 1966 ne comporte pas les 14 reproductions en noir et blanc des aquarelles originales de Thiriet de l’édition de 1908 (à part les illustrations des couvertures) dont parle Lacassin, mais comporte une introduction de Pierre Versins, Président du Club Futopia et un curieux appel aux lecteurs pour obtenir d’autres textes de Le Rouge ou des informations sur sa vie. Le projet de publier d’autres livres de Le Rouge chez Martineau tourne court. Et ce n’est que bien plus tard, à partir de 1975, que Lacassin arrive à publier l’intégralité de l’œuvre dans la collection 10/18 de Christian Bourgois (les deux derniers, Todd Marvel et sa suite, L’Amérique mystérieuse, ne paraissent qu’en 1986). Et c’est également en 1986 que Lacassin peut enfin publier sa découverte de 1966 concernant les poèmes de Cendrars-Le Rouge dans la Collection Bouquins de Guy Schoeller (voir n° 1603 Gustave Le Rouge, Œuvres, édit. Bouquins/Robert Laffont, Paris, 1986, avec une introduction générale et une bibliographie de Francis Lacassin).

Chez Martineau Lacassin fait la connaissance d’un autre original, l’écrivain Auriant, qui, de son côté, travaille à faire redécouvrir Hugues Rebell (la plupart des œuvres de Rebell publiées ultérieurement dans la collection 10/18 comporteront une préface d’Auriant et une postface de Hubert Juin, autre grande figure de la paralittérature) mais surtout Georges Darien. Jean-Jacques Pauvert avait déjà republié le Voleur en 1955 avec une préface d’André Breton, intitulée Darien le Maudit (livre réédité en 1972, voir n°  0356 Georges Darien: Le Voleur, édit. Jean-Jacques Pauvert, Paris, 1972). Biribi, la cruelle histoire des compagnies disciplinaires, casseurs de cailloux de Tataouine, que l’on appelait les «compagnies de pionniers de discipline», reparaît chez Martineau en 1966 avec une longue préface d’Auriant, la complainte de Biribi d’Aristide Bruant, un dessin de Steinlen et 18 illustrations terribles de Bernard Naudin, l’un des dessinateurs-phares de l’Assiette au Beurre (voir n° 2551 Georges Darien : Biribi, édit. Jérôme Martineau / Société Le Gadenet, Paris, 1966). Auriant a ajouté, en annexe, les passages qui décrivaient les mœurs sexuelles particulières de Biribi et que l’éditeur de Darien avait supprimés. Auriant a passé 30 ans, dit Lacassin, à enquêter sur la vie et l’œuvre de Georges Darien. Il en est résulté un livre superbe, publié en Belgique: n° 2673 Auriant: Darien et l’inhumaine comédie, édit. L’Ambassade du Livre, Bruxelles, s.d.). Darien méritait bien cette brillante réhabilitation. Parmi les hommes auxquels le livre est dédié on trouve Georges Sorel, le théoricien de la violence dans la lutte sociale qui a influencé Mussolini et qui a été l’ami d’Auriant. Cet homme était un original. Pas facile à vivre puisqu’il s’est fâché d’abord avec Martineau, puis, après être passé à la collection 10/18, avec Christian Bourgois!

Mais, pour rester dans le domaine du fantastique, c’est encore Lacassin qui a permis aux lecteurs français de redécouvrir l’auteur de Celle qui doit être obéie, Rider Haggard, et sa très prolifique production (dont bien sûr Allan Quatermain et les Mines du Roi Salomon), d’abord chez Pauvert où il a pu faire éditer la version originale de She, puis, beaucoup plus tard, à cause de la déconfiture de Pauvert, dans la collection Bouquins de Schoeller (voir n° 1153 H. Rider Haggard: Elle-qui-doit-être-obéie, édit. Bouquins/Robert Laffont, Paris, 1985). Je parle longuement de Haggard au tome 2 de mon Voyage dans H comme Haggard, dans les Notes 8: Haggard et Kipling et les Notes 8 (suite): Peuples d’Afrique du Sud (pour la trilogie zouloue de Haggard).
Et c’est également Lacassin qui a fait connaître en France Sax Rohmer et son terrible Fu Manchu. Je me souviens avoir découvert ses aventures, tout à fait par hasard, chez le principal libraire de la ville de Haguenau où habitait alors ma famille et je me rappelle encore la mimique désolée du gendre du vieux Urscheller qui avait repris la librairie et qui devait se dire en lui-même: comment ce garçon qui, dit-on, a fait des études brillantes, peut-il s’abaisser à lire une telle littérature!  Je me demande d’ailleurs comment ces sept grands volumes aux couvertures illustrées de chez Alta ont pu atterrir en ce lieu (voir 1625-31 Sax Rohmer: Fu Manchu ou le Défi de l’Asie,  collection dirigée par Francis Lacassin, édit. Williams-Alta, 1978-79 ). Et pourtant l’imagination de Sax Rohmer, quand il s’agit d’inventer les mille façons raf-finées de tuer de l’Oriental, vaut bien celle de Gustave Le Rouge. Lacassin, dans A la Recherche de l’Empire caché, trouve que Rohmer, sans s’en rendre compte, a écrit le livre de la décolonisation. Et que c’est le colonisé qui a gagné. Peut-être. Mais aujourd’hui c’est plutôt Ben Laden qui personnifie Fu Man-chu…
 
Francis Lacassin s’est également beaucoup intéressé à la littérature populaire. Il a été le premier en France à mettre en lumière le véritable mythe créé par Burroughs avec le personnage de Tarzan (voir Francis Lacassin: Tarzan, mythe triomphant, mythe humilié, paru dans la Revue Bizarre de l’éditeur Pauvert en 1963 et repris sous une forme un peu plus élaborée dans la collection 10/18 en 1971: voir n° 3230 Francis Lacassin: Tarzan ou le Chevalier crispé, avec une préface de Burne Hogarth, édit. 10/18, Union Générale d’Editions, Paris, 1971, Hogarth est comme chacun sait l’un des illustrateurs de Tarzan). Et déjà dès cette première étude on découvre la façon de travailler de Lacassin: il est exhaustif, on y trouve tout: non seulement la bibliographie originale mais aussi toutes les traductions, les bandes dessinées qui en ont été tirées, les illustrateurs des livres, les auteurs des BD, les revues pour la jeunesse (dont le journal Tarzan que je lisais dans les années d’après-guerre), et bien sûr tous les films. D’ailleurs dans ses Mémoires Lacassin nous apprend qu’il a été un des fondateurs du Club des Bandes dessinées en France et on s’aperçoit avec stupeur que ses cofondateurs ont été non seulement cet incroyable Alain Resnais mais aussi Evelyne Sullerot, Vice-Présidente du Conseil Economique et Social (elle en était membre pendant 15 ans), sociologue, défenderesse des Droits de la Femme et promotrice du Planning Familial (elle a créé en 1955 avec Marie-Andrée Weill-Halle une Association de Femmes pour promouvoir le contrôle des naissances qui deviendra deux ans plus tard le Mouvement français pour le Planning familial)! Or il fallait du courage à l’époque (presque autant que pour promouvoir le contrôle des naissances) pour défendre ce fameux 9ème art (que Hugo Pratt appelait littérature dessinée). J’apprends en même temps que ce journal que j’aimais tant, me précipitant le mardi à la sortie du lycée pour l’acheter, Tarzan, a dû être sabordé par son éditeur Del Duca, alors qu’il tirait à 200 000 exemplaires, parce qu’il n’en finissait pas d’être poursuivi par les autorités bien pensantes qui voulaient à tout prix qu’on cache le couteau de Tarzan et que l’on rallonge son slip en peau de léopard!

Et puis Lacassin s’est intéressé au roman d’aventures et s’est pris d’une véritable passion pour Jack London. Il dit que la Bibliothèque Verte a fait de London et de Stevenson (considéré comme l’auteur d’un livre unique: l’Ile au Trésor) des écrivains pour enfants (on pourrait dire la même chose pour James Oliver Curwood). Personnellement j’ai eu la chance d’avoir un parrain qui possédait dans sa bibliothèque deux œuvres de Jack London (en allemand) qu’il me montrait fièrement et qu’il m’incitait à lire: Le Talon de Fer et le Loup des Mers. Deux livres qui montrent toute la complexité du personnage de London, l’un étant un véritable livre de combat social, au point qu’il figurait longtemps dans la liste des publications du Parti Communiste, l’autre étant une célébration de l’individu, fort et brutal, presque fasciste. Mais cela convenait bien à mon parrain qui adorait la contradiction au point d’être parfaitement capable de vous tenir un langage de gauche quand vous preniez une position de droite, ou de droite quand il sentait que vous vouliez défendre des idées de gauche. Mais au moins, grâce à lui, je savais que Jack London n’était pas seulement l’auteur de Croc blanc et plus tard au cours de mes voyages aux Etats-Unis et au Canada, je me suis efforcé de trouver ses écrits socialistes (entre autres le grand reportage illustré de photos sur la misère à Londres, voir n° 0727 Jack London: The People of the Abyss, with many illustrations from photographs, édit. George N. Morang & Company, Toronto, 1903) et essayé d’en savoir un peu plus sur ce personnage bien attachant. En même temps j’ai commencé à m’intéresser à l’histoire du socialisme en Amérique (et à son échec manifeste). Et j’ai découvert que le Président du Parti socialiste américain qui s’était présenté plusieurs fois aux élections présidentielles, E. V. Debs, était descendant d’Alsaciens et j’ai même trouvé un fascicule dont l’auteur est J. London et qui s’intitule Le Rêve de Debs (voir n° 2095 Jack London : The Dream of Debs, A story of industrial revolt, édit. Charles  H. Kerr & Company, Cooperative, Chicago, s. d., probablement 1909) et qui décrit une grève générale, totale, qui paralyse tout le pays et met à genoux le capitalisme américain! Mais, pour dire toute la vérité, c’est d’abord grâce à Lacassin, par une préface qu’il a écrite pour un roman d’Eugène Sue (Le Juif errant), que j’ai appris l’existence de ce Debs et l’histoire de ses prénoms. Ses parents étaient originaires du Haut-Rhin, étaient partis après la Révolution de 1848 et c’est le père d’E. V. Debs, grand admirateur de Victor Hugo et d’Eugène Sue (qui était considéré à l’époque comme un écrivain socialiste), qui a donné ces deux prénoms de Victor et d’Eugène à son fils.
Francis Lacassin a réussi à éditer toute l’œuvre de Jack London dans la collection 10/18. Et c’est encore lui qui m’a appris que le récit qui sert de cadre au Vagabond des Etoiles, ce prisonnier qui invente un jeu avec une mouche et qui s’évade par le rêve, est tiré d’une histoire véridique, celle d’un prisonnier persécuté et torturé à tort, et qui va d’ailleurs finir par mourir en prison. Francis Lacassin raconte dans ses Mémoires comment il a trouvé le livre du codétenu qui a raconté toute cette histoire, le 25ème Homme de Ed. Morrell (un livre dont a fait publier la traduction française aux Editions du Rocher). Je suis d’autant plus sensible à cette découverte que je trouve que le Vagabond des Etoiles est le plus beau des romans de Jack London.

L’œuvre complète de London dans la collection 10/18 représente 51 volumes! Et la plupart comportent préfaces, postfaces ou notes de Lacassin. Une véritable Pléiade du pauvre! Et souvent mieux que la Pléiade quelquefois encombrée de variantes sans aucun intérêt. Alors que Lacassin rapporte des faits, dit-il lui-même. Moi qui ai toujours considéré le livre de poche avec un certain dédain (on ne peut pas les relier et ils déparent mes étagères), je dois reconnaître que sans lui tout ceci n’aurait pas été possible. Ce que Lacassin a voulu faire dès le départ pour la petite littérature, c. à d. éditer l’œuvre complète d’un auteur avec tout un appareil de notes sur l’écrivain, sur la genèse de l’œuvre, une bibliographie complète et pourquoi pas une filmographie, il n’a pu le faire en édition classique, même chez de petits éditeurs. Des éditeurs passionnés et qui aiment le risque, il y en a, aujourd’hui comme hier. Le problème n’est pas là, il est économique. On l’a vu aussi bien pour un éditeur aussi connu que Pauvert que pour un ancien inspec-teur de ventes comme Martineau. L’autre solution que Lacassin a également pratiquée, celle du Club de Livres (il a travaillé pour le Cercle du Bibliophile en Suisse pendant dix ans, de 1968 à 1978 et coopéré à la publication de 87 livres principalement dans le domaine policier et espionnage), n’est pas viable non plus. Economiquement on s’en sort mieux: tous les livres d’une série ont la même reliure et la même présentation et le client a de fortes chances d’acheter toute la série sinon cela ferait des trous sur ses rayonnages. Or la plupart des clients des clubs de livres, dit Lacassin un peu cyniquement, veulent d’abord se rassurer (sur leur standing? leur culture?) et accessoirement impressionner leurs visiteurs. Seule une petite partie de la clientèle est vraiment intéressée à découvrir une œuvre inédite ou des explications savantes.
Ainsi ce n’est qu’à partir du moment où Lacassin a l’occasion de coopérer avec un homme aussi remarquable que Christian Bourgois qui dirige la collection 10/18 (avec Dominique de Roux) et que l’outil qu’il a à sa disposition est ce livre de poche économique et populaire qu’il peut enfin déployer toute son énergie. Moi-même qui ai eu l’occasion d’acquérir aux Etats-Unis et au Canada la plupart  des œuvres de London et de Haggard en éditions originales je conserve beaucoup de leurs livres en 10/18 sur mes rayonnages, simplement parce que je ne veux pas me passer des notes et des bibliographies de Lacassin (je me demande si ce ne sont pas les études de Droit auxquelles il s’est adonné dans sa jeunesse qui lui ont donné ce sens de la rigueur qu’il y apporte). Au total, dit Francis Lacassin, ce sont 221 volumes «que j’ai écrits, préfacés, annotés ou préparés pour 10/18» entre 1967 et 1995. Des historiens, dit encore Lacassin, ont qualifié cette collection d’abord dirigée par Michel-Claude Jalard, puis par Christian Bourgois et Dominique de Roux, de  «bijou de l’édition française». Je ne sais de quels historiens il s’agit, mais il faut reconnaître que cette collection a été une incroyable réussite, éclectique et innovante et balayant tout le champ de la littérature depuis le nouveau roman jusqu’au fantastique, à l’aventure et au policier.
Je trouve même que dans le domaine du policier, la série Grands Détectives dirigée par Jean-Claude Zylberstein a permis le développement d’un genre nouveau que j’appellerai le policier ethnique pour simplifier et qui utilise pour enrichir l’intrigue l’ethnologie, la géographie et même l’histoire. Un genre dont les lointains ancêtres sont le Chinois de Hawaï Charlie Chan de Earl Derr Biggers et le Juge Ti de l’époque Song créé par l’Ambassadeur hollandais van Gullik (publié par 10/18). On y trouve - entre autres - le détective du Bush australien Napoléon Bonaparte, métissé d’Aborigène, d’Arthur Upfield (publié par 10/18), les policiers Navajos Jim Chee et Joe Leaphorn de Tony Hillerman, le moine gallois du XIIème siècle, Frère Cadfael, de la romancière anglaise Ellis Peters (publiée par 10/18) et le brahmane Doc (il est médecin) de l’Orientaliste Sarah Dars que publie Picquier. On pourrait d’ailleurs y ajouter deux autres détectives aux caractéristiques nationales bien marquées, l’un hollandais, l’inspecteur Beck, de Janwillem van de Wetering (publié par 10/18), l’autre suédois, l’inspecteur Kurt Wallander de Henning Mankell. Mais restons-en là et revenons à Lacassin.
C’est en 1981 qu’il commence sa collaboration avec un autre homme d’exception, Guy Schoeller, qui avait commencé sa collection Bouquins chez Robert Laffont en 1979. Lacassin raconte comment Schoeller avait découvert en bouquinant dans une librairie londonienne une technique de «dos incassable» brevetée par un imprimeur local et qui va lui permettre de produire des livres de poche aussi gros que des Pléiade. La collaboration entre Schoeller et Lacassin va durer jusqu’en 2000 et portera sur 102 volumes dont 68 appartiendront à la section Aventures et Policier. Les autres seront essentiellement consacrés au folklore et à la littérature.

Que dire encore de Francis Lacassin? Cet homme si curieux de tout? Qu’il s’est aussi passionné pour Jules Verne, a connu son petit-fils Jean Jules-Verne, a créé une série Jules Verne inattendu dans la collection 10/18, a œuvré pour que les manuscrits de Jules Verne puissent rester en France (c’est finalement la ville de Nantes qui a pu les acquérir) et a été nommé membre du comité d’honneur de la Société Jules-Verne où il a siégé à côté de Théodore Monod, de Haroun Terzieff et de Paul-Emile Victor! Qu’il était Président de la Société des Amis de Mac Orlan et a autorisé Pauvert à éditer une œuvre érotique de cet écrivain, publiée sous un pseudonyme: Mademoiselle de Mustelle et ses amis. Qu’il a bien sûr également connu les enfants de Gaston Leroux et de Maurice Leblanc dont il a édité les œuvres complètes. Qu’il a essayé de convaincre les Français que Stevenson n’a pas seulement écrit l’Ile au trésor (mais sans beaucoup de succès). Qu’il a publié sur la base du manuscrit original l’Histoire de ma Vie de ce Casanova que je n’aime pas beaucoup, peut-être parce que j’ai été trop marqué par cette terrible nouvelle de Schnitzler: le Retour de Casanova, mais dont les Mémoires sont portées aux nues par Cendrars dans son Homme foudroyé et que Lacassin a même fouillé les Archives de Prague pour tenter d’en éditer la correspondance. Qu’il a également publié de nombreux reportages d’Albert Londres, l’homme qui a ob-tenu la fermeture du bagne et qu’il a même trouvé un autre grand reporter, une femme, une nommée Titaÿna, qui serait en réalité la sœur de l’économiste Alfred Sauvy et qu’il va nous en parler encore dans son prochain livre, à paraître bientôt.
Alors attendons ce livre, l’Aventure en Bottes de sept Lieues, et laissons nous surprendre, une fois de plus, par ce diable de Lacassin.

(Janvier 2007)

Post-scriptum (août 2008) (extrait de mon Bloc-notes 2008): Francis Lacassin est mort le mardi 12 août des suites d’une opération à l’âge de 76 ans. Je l’ai appris le vendredi suivant en rentrant d’Alsace, par un contact à mon site bibliotrutt d’un certain Joseph Altairac qui me signalait une menue erreur dans mon portrait de Lacassin (la nationalité de Pierre Versins). Je n’ai appris que plus tard, en surfant sur le net que Altairac est un grand spécialiste de la science-fiction, auteur d’ouvrages sur Wells et van Vogt, ainsi que d’une anthologie intitulée Terres creuses. J’y reviendrai. Ce n’est qu’aujourd’hui dimanche que Le Monde consacre une nécrologie à l’écrivain disparu. Je suis triste. Cet homme qui n’avait finalement que 4 ans de plus que moi m’a accompagné tellement souvent dans mes lectures et mes découvertes dans le domaine de l’imaginaire que j’éprouve un véritable sentiment de perte. Il me manque déjà. Par une drôle de chance j’avais justement commandé la semaine dernière la suite de ses Mémoires, L’Aventure en bottes de sept lieues (je ne savais pas qu’elles avaient déjà paru en juin l’année dernière). Nous allons donc encore faire un bout de route ensemble…
Je viens de relire le portrait que je lui avais consacré ci-dessus et je ne vois pas ce que je pourrais dire de plus. Si, une chose, que j’ai déjà dit ailleurs : les gens cultivés restent souvent assis sur leur tas de culture comme les riches sur leur tas d’or. Et regardent tout ce qui n’est pas « grande littérature » avec beaucoup de mépris. Ils ont tort car dans toute cette paralittérature, BD, littérature populaire, romans d’aventure, policiers, science-fiction, fantastique, fantaisie, « supernaturel » comme disent les Américains, l’imagination est au pouvoir. Une imagination débridée, accompagnée bien souvent de beaucoup de poésie. Et la forme est bien souvent bien plus élaborée qu’ils le croient. C’est l’auteure de science-fiction américaine, licenciée de lettres et grande spécialiste de littérature française et italienne, Ursula K. Le Guin qui dit, à propos de Philip K. Dick: j’espère que dans toutes les bonnes bibliothèques Dick est rangé aujourd’hui dans l’ordre alphabétique à côté de Dickens, car avec Tolkien et Dick on est entré dans la grande littérature. (Voir mes Notes 8 (suite): Fantastique et Science-fiction ).
Joseph Altairac, dans son mail, parle de « ces grands érudits qui s’en vont les uns après les autres » (il parle de la mort de Lacassin après celle de Pierre Versins) et il ajoute : « Essayons de leur rendre hommage en prenant leur relais, dans la mesure du possible ». Mission impossible, hélas. Mais il a raison de parler d’érudit à propos de Francis Lacassin. J’ai dit dans ma note combien j’admirais cet incroyable travail de fourmi où tout passe : biographie, bibliographie, filmographie, notes, sources, illustrations, éditions mondiales, etc. D’ailleurs Le Monde signale qu’en 1997 il a légué à l’institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC) ses archives et sa bibliothèque : 35000 volumes ! (quand je pense à mes modestes 4000 !), 15000 journaux et revues, plus de cent boîtes d’archives, manuscrits et correspondances !
Mais Lacassin n’a jamais fait l’encyclopédiste comme l’ont fait Pierre Versins ou l’Américain Bleiler. Il s’est toujours concentré sur un écrivain à la fois, ce qui ne l’a pas empêché de réaliser de brillantes synthèses sur un certain nombre de thèmes comme le roman policier ou le roman d’aventures ou le mythe de Tarzan ou les énigmes de l’histoire, etc. Le travail d’encyclopédiste est beaucoup plus prenant. Souvent une vie entière. Un travail qui n’est jamais fini. Bleiler a mis 40 ans de sa vie à étudier et catégoriser la littérature fantastique. Et, quand on lui demande s’il n’aurait pas pu utiliser son temps d’une manière plus avantageuse, il répond, un peu désabusé : peut-être… Joseph Altairac me dit qu’avec son compère Guy Costes ils se sont inspirés de Bleiler pour leur dernier ouvrage à caractère encyclopédique : Les Terres creuses (voir : Joseph Altairac et Guy Costes : Les Terres creuses, édit. Les Belles Lettres, 2006). Je vais me le procurer. Je dispose d’une énorme encyclopédie de Bleiler sur la SF des origines (jusqu’en 1930, année de l’apparition des pulp magazines), voir : Everett F. Bleiler : Science-fiction, The Early Years, édit. The Kent State University Press, 1990. Altairac m’apprend que Bleiler a publié une autre Encyclopédie encore plus époustouflante couvrant les années postérieures. Il faudra que je contacte mes correspondants américains pour voir s’ils peuvent me la dénicher. Les Luxembourgeois seront en tout cas fiers d’apprendre qu’elle s’intitule The Gernsback Years ! Il est vrai que la majorité des Luxembourgeois  ignoraient probablement jusqu’à une époque récente (on a organisé une expo à ce sujet il y a quelques années le concernant) que cet ingénieur électricien d’origine luxembourgeoise, Hugo Gernsback, a non seulement écrit lui-même des histoires de SF assez abracadabrantes (j’en ai lu des résumés chez Bleiler à dresser les cheveux sur la tête, mais il a eu aussi des idées brillantes, je pense en particulier à Magnetic Storm, ce fameux filet magnifique qui nous aurait protégé pour toujours des invasions allemandes) mais a également créé le premier pulp magazine spécialisé en SF et, surtout, inventé le terme : la Science-fiction !
L’autre érudit dont parlait Altairac était lui aussi un encyclopédiste. Pierre Versins, neveu d’André Chamson, anarchiste, rescapé d’un camp de concentration, a passé lui aussi des dizaines d’années à collectionner tout ce qui avait la moindre relation avec la science-fiction et l’utopie. Sur le net on peut trouver le témoignage d’un certain Bertrand Méheut qui le découvre dans sa ferme de Rovray, un cinquantenaire plein de verve et d’humour et croulant sous les livres qui débordaient de partout. Jusqu’à ce qu’il se décide à tout léguer à la ville d’Yverdon en Suisse, ce qui deviendra la Maison d’Ailleurs, le grand Musée européen de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires. Ce Musée fondé par Versins contient aujourd’hui 40000 ouvrages de science-fiction (dont une grande partie provient de sa collection) ainsi que 20000 documents, objets et images rattachés à la SF. Quant à sa célèbre Encyclopédie je ne l’ai trouvée que récemment chez un libraire-antiquaire de Cannes, un volume impressionnant intitulé : Encyclopédie de l’Utopie, des Voyages extraordinaires et de la Science-fiction, édit. L’Age d’Homme, Lausanne, 1972.  Cette Encyclopédie-là n’a rien à voir avec la sèche énumération de Bleiler (même si Altairac admire le « raffinement époustouflant de son index thématique »), elle grouille d’illustrations fantastiques, elle prend des chemins de traverse, fourmille d’anecdotes et comporte une introduction magnifique qui contient sa définition de la science-fiction que je vais vous citer in extenso (excusez-moi, mais je ne puis résister à ce plaisir) : « La science-fiction est un univers plus grand que l’univers connu. Elle dépasse, elle déborde, elle n’a pas de limites, elle est sans cesse au-delà d’elle-même, elle se nie en s’affirmant, elle expose, pose et préfigure, elle extrapole. Elle invente ce qui a peut-être été, ce qui est sans que nul ne le sache, et ce qui sera ou pourrait être. Et, ce faisant, elle découvre. Elle est le plus extraordinaire défoulement que l’on puisse rêver et le meilleur tremplin pour aboutir, sans ouvrir des yeux trop ébaubis, à l’humanité qui viendra. Elle est avertissement et prévision, sombre et éclairante. Elle est le rêve d’une réalité autre et la réalisation des rêves les plus fous, donc les plus probables. Elle est aussi sublime et abjecte que l’homme, elle est l’homme en éternel projet, elle est l’homme inquiet, chercheur, fouineur, insatiable. Qui veut tout et qui l’aura, moins epsilon. Elle est l’homme dans tout ce qu’il a d’instable, de mal défini, de vivant et grommelant sur le chemin tortueux de l’éternité. Et l’épopée de notre espèce indissociable de sa Quête. L’Absolu. »
Voilà le texte qu’il aurait fallu lire, pour rendre un dernier hommage à Francis Lacassin, à l’occasion de son enterrement. Je crois qu’il l’aurait apprécié.

(août 2008)

Post-scriptum n°2 (septembre 2008): J’ai enfin reçu ce fameux livre sur les bottes des 7 lieues, probablement la dernière des œuvres de Lacassin. Un livre où il évoque une fois de plus ces grands aventuriers dont il aurait encore voulu parler mais n’en a pas eu l’occasion jusque là, des connus comme le père Huc, Alexandra David-Néel, Albert Londres, Stevenson, et Jack London encore et toujours, d’autres moins connus comme Révillon ou pas connus du tout comme le chirurgien des pirates, Exmelin ou cette femme reporter Titaÿana, soeur de l’économiste Alfred Sauvy. Comme d’habitude c’est passionnant à lire, érudit et très fouillé. Et pourtant je suis un peu déçu. L’éditeur l’avait annoncé comme une suite aux Mémoires : « complément naturel au livre que vous venez de lire ». Mais, hélas, on n’y trouve plus la moindre notation autobiographique. Les confidences, c’est fini. Le Monde, dans sa notice nécrologique des 17/18 août en avait déjà fait la constatation: on manque de renseignements biographiques, cela est bien conforme à la personnalité de l’écrivain. Et il citait le Directeur de l’IMEC (Institut Mémoires de l’édition contemporaine) : « un homme de retrait, sinon de secret ». Un homme de bien.

(septembre 2008)

 

 


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