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Tome 3 : Notes 10 (suite 2): Langue et écriture
(Langue japonaise, alphabet et idéogrammes, caractères chinois et syllabaire au Japon, problématique de l'écriture à l'ère Meiji, les caractères chinois en Corée et au Vietnam)
 

47) n° 2648 Roy Andrew Miller: The Japanese Language, édit. The University of Chicago Press, Chicago/Londres, 1970.
48) n° 1774 A Guide to Reading and Writing Japanese, the 1850 Basic Characters and the Kana Syllabaries, édit. Charles E. Tuttle Company, Rutland, Vermont/ Tokyo, Japon, 1987.
49) n° 2380 Pascal Griolet: La Modernisation du Japon et la Réforme de son Ecriture, édit. Publications Orientalistes de France, Publications du Centre d’Etudes Japonaises de l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales, Paris, 1985.
50) n° 2637 Etudes Choisies de Charles Haguenauer, vol. 1 Japon - Etudes de Linguistique, édit. E. J. Brill, Leiden, 1976.
51) n° 2921 C. Melvin Aikens et Takayasu Higuchi: Prehistory of Japan, édit. Academic Press Inc., San Diego, USA/ Londres, 1982.

Lors d’un de mes voyages en Chine j’ai rencontré un jour à Shanghai un Centralien qui avait dirigé pendant 8 ans la filiale japonaise d’un grand groupe français et qui après avoir travaillé quelques mois en Chine pour le même groupe venait de prendre sa retraite et de s’établir comme consultant. Au cours de la conversation il me dit qu’il était facile pour quelqu’un comme lui qui avait appris à parler un peu le japonais de se débrouiller en chinois. Moi qui ai toujours été intéressé par les langues et qui savais parfaitement que les deux langues n’avaient strictement aucun lien, l’une étant originaire de l’Asie du Nord-Est et plutôt lié aux langues mongoles et l’autre étant une langue tout à fait particulière, entièrement monosyllabique et sans flexions, je me suis dit: voilà quelqu’un qui vient de passer autant de temps au Japon et qui ne s’est même pas intéressé au caractère de cette langue et à son origine. Or, lors d’un voyage ultérieur au Japon, j’ai commencé à me rendre compte que l’on y trouvait effectivement de nombreux mots chinois, comme p. ex. le chiffre trois: san. Intrigué, je me suis procuré un petit guide et quelle ne fut pas ma surprise de constater que les Japonais en empruntant le système d’écriture chinois avaient en même temps adopté le nom chinois du symbole en question, l’intégrant tout simplement dans leur vocabulaire (en le japonisant au besoin). Ce qui fait que presque chaque caractère du type idéogramme a, en japonais, deux prononciations, l’une d’origine chinoise (les on-yomi), l’autre de souche japonaise (les kun-yomi).
Roy Andrew Miller, l’auteur du Japanese Language, dit qu’en théorie le japonais pourrait accueillir en son sein n’importe quel mot chinois. Une telle disposition à accueillir des mots d’une langue étrangère est extrêmement rare. Elle est évidemment liée à la manière avec laquelle le Japon a reçu et intégré dans le passé l’écriture, la culture et le bouddhisme chinois. Il n’y a qu’un exemple comparable dans notre aire culturelle européenne: l’anglais qui sur une base germanique (Angles et Saxons), déjà enrichie par des apports scandinaves, a été obligé de greffer un nombre extrêmement élevé de mots français suite à l’invasion normande (F. Mossé, Directeur d’Etudes à la Sorbonne, qui a écrit une intéressante histoire de la langue anglaise - voir n° 1767 F. Mossé: Esquisse d’une Histoire de la Langue Anglaise, édit. IAC, Lyon, 1947 - montre d’ailleurs que l’anglais ne s’est pas contenté d’accueillir des mots français mais s’est également ouvert à d’autres langues comme l’allemand et, d’une manière presque illimitée, aux mots latins et grecs, au point que l’on a estimé qu’un cinquième seulement du lexique total est d’origine indigène. Il est vrai que le lexique est immense: 240000 mots contre 70000 en allemand et 90000 en français, mais il y a énormément de mots désuets et le langage courant, par contre, utilise en majorité des mots indigènes).
Pascal Griolet qui a fait l'historique des tentatives faites pour introduire un système d’écriture alphabétique au Japon au moment de la Révolution de Meiji, note que sur les 39000 mots que contenait le premier grand dictionnaire de langue japonaise établi entre 1889 et 1891, 35% étaient des mots sino-japonais. Etonnant pour une race aussi jalouse de son identité!
D’où viennent les Japonais et d’où vient leur langue? Charles Haguenauer qui a créé le Centre d’Etudes Japonaises et Coréennes qui fait partie aujourd’hui des Instituts d’Asie du Collège de France, a conduit de nombreuses recherches ethnologiques et linguistiques sur le Japon et la Corée. Un grand nombre de ces études ont été rassemblées par ses élèves pour lui rendre hommage lors de son 80ème anniversaire en 1976. Dans une étude qui date de 1952 concernant la langue japonaise, il dit que "des groupements hétérogènes, altaïques (toungouzes?), coréens, aïnoïdes, peut-être aussi indonésiens, mais qu'on est dans l'impossibilité de déterminer, ont dû contribuer à la formation de la population qui occupe l'archipel". Prehistory of Japan est une étude à la fois ethnologique, linguistique et archéologique faite par l’anthropologue Aikens de l’Université de l’Oregon et par l’archéologue Higuchi de l’Université de Kyoto. Aikens et Higuchi considèrent qu’il y a eu une grande continuité dans le peuplement des îles japonaises; Japonais et Aïnous y sont depuis des milliers d’années; ils ne pensent pas que les Aïnous étaient les seuls occupants initiaux et n’ont donc pas été écrasés et chassés par les Japonais; les Japonais ont un type mongoloïde assez proche de leurs voisins coréens et chinois du Nord (cela m’amuse parce que les Japonais se sont toujours voulus tout à fait différents des Chinois et se fâchent quand on fait semblant de les confondre avec eux. Gontcharov (dans la Frégate Pallas, déjà cité) avait déjà noté cette attitude. «Les Japonais ont beau répugner à être de même race que les Chinois», dit-il, «quelques rares différences peuvent bien les opposer, à examiner leurs traits et la forme de leurs visages on est obligé de dire que leurs origines sont soeurs. Mêmes figures oblongues d’un jaune bistre, mêmes formes des mâchoires et des dents, fronts et pommettes pareillement saillants, mêmes nez quelque peu écrasés, mêmes yeux noirs et marron moyennement fendus.»); mais leur langue est altaïque et non «sinitique» et a des relations avec le coréen, le toungouze-mandchou, et même le mongole et le turc; la séparation entre langue coréenne et langue japonaise remonte à au moins 5000 ans (on a développé une méthode scientifique appelée glotto-chronologie pour dater ce genre d’événements); il existe certaines relations avec les langues malaises-polynésiennes; et même des relations avec la langue des Aïnous (une langue complètement isolée mais c’est encore le japonais qui en serait le plus proche). Je me méfie un peu de certaines de ces théories, en particulier de celles qui concernent l’histoire du peuplement des îles japonaises. Je me demande si on ne cherche pas à prouver à tout prix que les Japonais ont toujours été là, à brouiller leurs origines et à montrer que l’on n’a pas brimé les Aïnous (on y viendra encore, aux Aïnous). Je fais un peu plus confiance à Miller même si son étude de la langue japonaise est plus ancienne que celle de Aikens et Higuchi.
Miller pense qu’il y a eu au cours de l’histoire de l’archipel des vagues d’immigration successives. Il n’exclut d’ailleurs nullement la possibilité d’apports venus de l’archipel malais (sur le plan des populations, pas sur le plan linguistique). Il ne fait aucune hypothèse sur la relation possible de la langue aïnou avec le japonais ou avec d’autres langues (les données manquent; la langue est pratiquement morte). Par contre il confirme l’appartenance du japonais au groupe des langues altaïques que l’on subdivise habituellement en sous-groupes mongole, toungouze-mandchou et turc. Je m’étonne d’ailleurs que personne ne cite de recherches parallèles sur les gènes puisqu’aujourd’hui on cherche souvent à confirmer l’histoire de l’évolution des langues à l’intérieur de grandes familles linguistiques par des recherches sur les gènes des peuplades concernées. L’un des pionniers dans ce domaine est le chercheur italien Cavalli-Sforza (voir n° 2303 Luca Cavalli-Sforza: Gènes, peuples et langues, édit. Odile Jacob, Paris, 1996). Mais c’est surtout sur le plan de l’écriture que les commentaires du linguiste Miller sont intéressants.
En effet à la différence de ce qui s’est passé pour les langues, fait-il remarquer, il n’y a qu’un petit nombre de peuples qui ont inventé des systèmes d’écriture. L’invention du langage remonte trop loin dans le temps pour qu’un linguiste sérieux perde son temps à chercher à l’élucider. Pourtant des gens très sérieux ont essayé d’élaborer des hypothèses: Renan, Grimm, Max Müller, Canon Farrar, etc. Et encore tout dernièrement un certain Merritt Ruhlen qui n’est quand même pas n’importe qui puisqu’il enseigne la linguistique à l’Université de Stanford aux Etats-Unis a osé braver toute la communauté scientifique en prétendant que toutes les langues actuellement parlées dans le monde sont toutes les descendantes d’une seule langue ancestrale (voir n° 2512 Merritt Ruhlen: L’Origine des Langues, sur les traces de la Langue Mère, préface d’André Langaney, Directeur du Laboratoire d’Anthropologie Biologique du Musée de l’Homme, édit. Belin, 1997). Mais laissons cela. C’est vrai que les inventeurs d’écritures ne sont pas très nombreux et que leurs voisins les ont souvent copiés. Les plus anciens ont développé des systèmes d’écriture basés à l’origine sur des pictogrammes. C’est logique: on traduit un mot par une image. On a commencé de cette manière en Mésopotamie et en Egypte. Et on a fait de même en Chine. Il était également logique d’utiliser certains signes non plus en fonction de leur sens mais de leur son (il n’y a que les Chinois qui ont été réticents à utiliser cette technique, leur langue étant monosyllabique, les homonymes étaient tellement nombreux qu’une telle technique aurait encore augmenté la confusion). C’est ce qu’ont fait les Sumériens, inventant du même coup la reproduction des syllabes, un système continué par les Babyloniens qui mélangeaient signes syllabiques et idéogrammes. Puis les Perses sont venus et ont développé un ensemble syllabique très simple avec une écriture cunéiforme. Et les Egyptiens ont, eux aussi, avec le temps, commencé à utiliser leurs hiéroglyphes, qui étaient des pictogrammes à l’origine, en mode syllabique. On a même constaté, paraît-il, l’utilisation occasionnelle, en Egypte, de certains signes en tant que consonnes. Mais ce sont les Sémites de l’Ouest qui ont reconnu l’intérêt de représenter les consonnes par des signes particuliers et de se débarrasser complètement à la fois des idéogrammes et des signes syllabiques (voir n° 2018 Bonfante, Chadwick, Cook, Davies, Healey, Hooker et Walker: La Naissance des Ecritures, du cunéiforme à l’alphabet, édit. Seuil, 1994 et surtout n° 3054 G. R. Driver: Semitic Writing, from Pictograph to Alphabet, édit. Oxford University Press, Londres, 3ème édition, 1976).
Cette invention essentielle pour le développement de la civilisation (G. R. Driver qui était Professeur de philologie sémitique à Oxford dit que c’est un des nombreux cadeaux que les Sémites ont fait à l’humanité. Personnellement je préfère ce cadeau-là à celui du monothéisme) a dû être faite entre 2500 et 1500 avant Jésus-Christ. On ne sait pas exactement qui étaient précisément les inventeurs. On pense qu’il s’agit des Amorites qui venaient de Babylone ou de leurs cousins les Moabites. L’invention a ensuite été développée en Palestine et sur la côte phénicienne. Et c’est de là qu’elle est parvenue aux Grecs. Les Sémites se sont contentés de représenter les consonnes. En effet ce qui caractérise les langues sémites c’est que les mots ont tous un radical formé de consonnes et qui reste invariable. Ce sont les voyelles qui changent pour marquer les déclinaisons et les différentes formes grammaticales. On peut donc lire un texte hébreu ou arabe sans que les voyelles soient indiquées (avec quelques difficultés quand même. D’ailleurs aujourd’hui elles sont représentées, généralement par des points). Ceci étant il ne faut pas négliger l’apport des Grecs: ils complètent les consonnes des Phéniciens par certains signes plus adaptés à leurs propres phonèmes. Et surtout ils ajoutent des signes pour représenter les voyelles (sept exactement). C’est ainsi que l’on obtient pour la première fois une représentation écrite entièrement phonétique de la langue parlée. Une invention qui va se propager à tout le monde occidental. On peut d’ailleurs supposer que l’alphabet devanâgari qui a eu tellement d’importance pour les peuples sous influence indienne a la même origine, encore que les auteurs de la Naissance des Ecritures penchent plutôt pour une origine araméenne (la langue que le grand Cyrus avait choisi comme langue officielle de son Empire) et qu’il y a eu des défenseurs d’une origine locale indépendante (voir n° 2619 R. Shamasastry: The Origin of the Devanâgari alphabets, édit. Bharati-Prakashan, Varansi, Inde, 1973 - Reprint de la première édition qui date de 1906).
Mais revenons à nos Japonais. Quand ils ont découvert le système d’écriture chinois celui-ci a dû leur paraître tellement extraordinaire qu’ils n’ont pas hésité à l’adopter pour traduire leur propre langue. D’autant plus que leurs premiers professeurs étaient les Coréens qui en avaient fait autant pour leur langue à eux, pourtant aussi éloignée du chinois que le japonais. Le drame de l’histoire c’est que la langue chinoise est une langue tout à fait spéciale. Sans vouloir faire un long cours sur ce sujet (voir n° 2647 R. A. D. Forrest: The Chinese Language, édit. Faber and Faber, Londres, 2ème édition, 1965), notons simplement que le chinois n’a que des mots monosyllabiques (sauf les mots composés bien sûr) et que ces mots sont invariants. Pas de flexion, pas d’articles. Le même mot peut être nom ou verbe. Même un adjectif peut être utilisé comme nom ou comme verbe et dans tous les cas comme un adverbe. Pas de préposition. Alors évidemment pour compenser tout cela il y une syntaxe assez rigide: p. ex. le verbe est toujours placé après le sujet (en japonais c’est l’inverse ce qui n’arrange pas les choses), il y a des expressions pour marquer le futur ou le passé, on utilise beaucoup de circonlocutions, le nombre de mots composés a considérablement augmenté avec le temps et surtout, comme le nombre d’homonymes est extraordinairement élevé, il a fallu les distinguer entre eux par des tons: quatre en mandarin classique, six en cantonais. Ce fut donc une réelle gageure de transcrire le japonais en caractères chinois, puisque celui-ci avait des flexions, des articles, des prépositions et une syntaxe complètement différente.
Pour commencer il fallait donc créer des caractères spéciaux pour tous ces mots qui servent de liaison et de définition ainsi que pour les terminaisons des mots, c. à d. les flexions qui font les déclinaisons. Pour obtenir ce résultat on va d’ailleurs dans la plupart des cas utiliser des caractères chinois existants, mais les utiliser en fonction de leurs sons. Une fois cette barrière franchie plus rien ne s’oppose à ce que l’on adopte également d’autres caractères chinois - ce que les Coréens avaient déjà fait pour leur propre langue - pour transcrire des mots japonais sur un mode phonique. D’où la création dès l’origine d’un alphabet syllabique. Un tel alphabet syllabique existe encore aujourd’hui sous deux formes: les hiragana (écriture cursive) et les katakana (caractères plus carrés, surtout utilisés pour la transcription de nom étrangers). Cet alphabet est essentiellement composé de 50 caractères dont 5 voyelles, les autres étant des suites consonne-voyelle (le japonais ne connaît ni doublement de consonnes, ni consonne finale, sauf une nasale n ou ng, ce qui facilite évidemment l’adoption d’un syllabaire aussi simple, mais ce qui a quand même un inconvénient majeur: c’est que mon nom de famille doit s’écrire en japonais turutu!).

Les Japonais auraient donc pu dès le début adopter un alphabet syllabique pour transcrire leur langue. D’ailleurs j’ai cru comprendre que les premiers romans créés par des femmes, comme le fameux Roman de Genji, ont été écrits en caractères syllabiques; n’a-t-on pas appelé les hiragana caractères de femmes et Murasaki Shikibu, l’auteur de Genji, ne se plaint-elle pas qu’elle devait essayer d’apprendre le chinois en cachette? Forrest fait remarquer qu’on ne peut pas juger cette époque à l’aune de notre logique d’aujourd’hui pour laquelle l’efficacité est essentielle. Il se dit quand même que les nobles et les hauts-fonctionnaires devaient avoir beaucoup de loisirs. Car ils n’ont pas cessé de chercher la complication. Les écrits officiels pouvaient être écrits en chinois classique ou en japonais écrit avec une syntaxe à la chinoise. Les autres écrits pouvaient l’être avec un mélange de caractères chinois classiques et de caractères syllabiques. Puis vint le problème du changement de prononciation du chinois officiel avec les changements des centres de gravité géographiques de l’Empire chinois, donc les caractères chinois que l’on avait choisis pour leur homophonie avec des mots japonais n’étaient plus homophones. Et j’en passe. On peut en tirer une autre conclusion: l’incroyable résistance au changement des élites, une résistance qui s’explique entre autres par la peur de perdre une position privilégiée. Le même scénario va se jouer à nouveau lors de l’époque Meiji et après la deuxième guerre mondiale, deux moments où l’on aurait pu se débarrasser définitivement de ce fardeau inutile des caractères chinois. Et une fois de plus ce sont les élites, les sinisants, les personnes haut placées qui réussissent à s’y opposer. Cela fait penser à la sclérose des Mandarins en Chine. Mais bon, je crois que ce phénomène ne nous est pas non plus tout à fait inconnu en Occident...
Pascal Griolet retrace l’historique des tentatives simplificatrices engagées pendant l’ère Meiji. Dès 1866, donc très peu de temps avant l’avènement de l’Empereur réformateur Meiji (l’ère Meiji démarre en 1867 et va durer jusqu’en 1912), un certain Maejima Hisoka, pourtant issu d’une famille de samouraïs, envoie un mémoire au Shogoun intitulé «Du bien-fondé de l’abandon des caractères chinois». Il est intéressant de noter ses attendus car ils paraissent encore valables aujourd’hui: «L’emploi des caractères chinois», écrit-il, «nécessite de consacrer trop de temps à l’assimilation de leurs tracés, de leurs lectures d’origine chinoise et de leurs traductions japonaises, ce qui retarde d’autant l’achèvement des études. Difficiles à aborder et à retenir, ils limitent considérablement le nombre de ceux qui peuvent étudier. Et ceux qui s’y consacrent très sérieusement, dépensent de longues heures de leur précieuse jeunesse pour ne savoir finalement que lire et écrire, alors qu’ils ignorent l’ordre du monde réel. La jeunesse est pourtant l’âge privilégié pour l’étudier et le comprendre et il est criminel de gaspiller son temps, de freiner son intelligence, pour l’étude surannée et stérile de ces pictogrammes». Ce mémoire ne reçoit aucune réponse. En 1872 il y a pourtant une première réforme: on limite le nombre de caractères chinois à 3167 et on fixe une fois pour toutes l’alphabet syllabique. En 1884 Toyoma Masakazu qui allait plus tard fonder la Société des Caractères Latins (à laquelle va également participer le Professeur Chamberlain) qui va chercher à promouvoir la romanisation de la langue japonaise, écrit: «S’attacher à l’exégèse des signes écrits est une manie des sinologues et de leurs acolytes, qui sont par ailleurs totalement ignorants quand il s’agit d’expliquer la pensée de Confucius et de Mencius... Le tort causé par les caractères chinois ne saurait être sous-estimé». Un autre grand avocat de la romanisation, Nishi Amané, dans un autre grand mémoire, énonce dix raisons pour abandonner les caractères chinois et adopter les caractères latins, dont plusieurs méritent d’être cités: les enfants apprendraient d’abord leur langue maternelle puis pourraient s’initier aux langues étrangères dans le même système d’écriture; la langue écrite et la langue orale coïncideraient; les femmes et les enfants et les gens du peuple pourraient lire les écrits des lettrés et s’exprimer par écrit; les techniques d’imprimerie seraient considérablement simplifiées; en science et en technique on pourrait transcrire le nom d’origine sans être obligé de les traduire par des caractères chinois, etc.
Et pourtant le Japon ne va pas s’engager dans cette voie. Ni dans la voie de l’adoption d’un alphabet latin, ni dans celle du remplacement systématique des caractères chinois par des caractères syllabiques. C’est une solution moyenne que l’on va choisir: celle de la limitation du nombre de caractères chinois. Et les raisons qui militent pour un tel choix ne sont pas sans mérite elles non plus. C’est un romancier-journaliste, Yano Fumio qui les a exprimées, et je dois dire d’une façon assez convaincante. Quand on compare un texte écrit entièrement en kana (c. à d. en caractères syllabiques) et un texte mixte écrit en caractères chinois et en kana, neuf personnes sur dix, dit-il, trouveront le deuxième plus facile à lire. Il est plus lisible, peut-être à cause de la variation dans la densité d’écriture qu’il présente, les caractères chinois étant en général plus touffus que les kanas, mais aussi parce que la compréhension des mots d’origine chinoise est plus immédiate quand ils sont écrits en caractères chinois qu’en kanas. On revient au problème des homonymies. Il y a 80000 caractères en chinois (ça c’est un chiffre tout théorique; je ne pense pas qu’il y ait beaucoup d’érudits chinois qui connaissent un tel nombre de caractères, mais cela ne fait rien: même si on les réduit à 5 à 8000, ce qu’un homme cultivé devrait connaître, cela fait toujours beaucoup), or il n’y a qu’environ 1300 sons, en chinois, pour les énoncer oralement, et encore en tenant compte des tons utilisés par la langue chinoise. Or le japonais ne reconnaît pas ces tons. Le nombre de sons différents dont dispose le Japonais se réduit alors à 300! 300 sons pour lire à voix haute 5 à 8000 mots d’origine chinoise. On se rend alors compte du nombre incroyablement élevé des mots homonymes. Voilà la raison pour laquelle un mot d’origine chinoise sera plus facile à lire en caractère chinois qu’en caractères syllabiques. On le lit d’une manière figurative et il est ainsi compris plus rapidement et plus facilement que s’il était lu d’une manière phonétique. Les caractères chinois résolvent les homophonies même s’ils en sont la cause. Ou dit autrement: les caractères chinois entretiennent les homophonies mais ils sont la seule solution logique du problème posé par ces mêmes homophonies. Autre avantage: la langue écrite est plus concise que la langue parlée qui, elle, va faire appel plus souvent aux mots japonais d’origine.
La conclusion que j’en tire personnellement? C’est parce que la langue japonaise est polluée par l’apport considérable de mots d’origine chinoise que toutes les réformes de l’écriture proposées ont dû être mises à la poubelle. Ceci étant il faut reconnaître que nous sommes tellement habitués à notre système alphabétique que nous sommes fermement persuadés que nous lisons toujours d’une manière phonétique. Or il me semble évident que cela n’est pas vrai. Un lecteur qui lit beaucoup, intensément, rapidement, surtout quand il lit ce que l’on appelle «en diagonale», ne lit pas phonétiquement. Il reconnaît l’image des mots. Et passe directement de l’image à sa signification, sans passer par le stade phonétique. C’est exactement ce que fait le Chinois. Et comme pour conforter ma thèse, le jour même où j’écris ces lignes, le Monde du 1er octobre 2003 signale que le texte suivant circule sur le Net: «Sleon une édtue de l’unvinertisé de Cmabrigde, l’odrre des ltteers dans un mot n’a pas d’ipmrotncae, la suele coshe ipmrotnate est que la pmeirère et la drenèire soit à la bnnoe pclae. Le rsete peut êrte dnas un dsérorde ttoal et vuos puoevz tujjoruos lrie snas porlblème. C’est prace qur le creaveu hmuain ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot.» L’étude de Cambridge n’existe pas. C’est un canular. Il n’empêche que la conclusion de la dernière phrase est juste. C’est par leur image que nous saisissons les mots. Et nous les reconnaissons même quand cette image est déformée.
Si j’ai autant insisté sur cette histoire de caractères chinois, c’est qu’ils me fascinent littéralement. C’est une conception tellement différente de la nôtre pour représenter la langue parlée par l'écrit! On les a appelés idéogrammes comme s’ils représentaient des idées, ce qui n’est pas vrai. Ils représentent des mots et ces mots sont d’abord des sons. On a dit qu’un Chinois pouvait comprendre des textes japonais, coréens ou vietnamiens écrits en caractères chinois sans comprendre les langues correspondantes. Ce qui n’est pas tout à fait vrai non plus parce que chacun de ces pays a utilisé certains caractères pour leurs sons et en a changé le sens. Mais ce qui me paraît évident c’est qu’ils ont une influence certaine sur la façon d’être des peuples qui les utilisent. J’y reviendrai quand je parlerai de la Chine. Quand enfant, puis adolescent, vous mettez douze ans à acquérir un système d’écriture vous avez forcément une relation avec l’écrit qui est différente de la nôtre. Quand on voit la complexité de certains caractères (douze traits pour certains) on comprend qu’ils exigent une autre capacité d’attention, de minutie, d’amour du détail. Une autre dextérité manuelle aussi car il faut les tracer. L’écriture devient très naturellement un art, la calligraphie. Et si vous vous intéressez tant soit peu à l’interprétation des caractères, à leur origine, à leur histoire, vraie ou inventée (on l’invente souvent pour de simples raisons mnémotechniques), vous y découvrez une admirable poésie: le soir c’est le soleil qui s’enfouit dans les hautes herbes, l’occident c’est l’oiseau qui se pose sur son nid, l’orient c’est le soleil qui se lève à travers les arbres, la paix c’est un toit qui protège une femme et la bonté c’est l’association des caractères de la femme et de l’enfant. Et vous ne vous étonnez plus que des poètes comme Victor Segalen et Ezra Pound en aient été aussi émerveillés.
toit plus femme: paix, calme, repos, plaisir
femme plus enfant: bon, agréable, beau, facile
soleil plus arbre: Orient, Est, maître de maison (couche à l'est)
oiseau plus nid: Couchant, Ouest, Occident, occidental

Finalement quand le problème de la simplification de l’écriture japonaise se pose à nouveau, après la deuxième guerre mondiale, sous l’occupation américaine, on va continuer ce que l’on avait déjà commencé à étudier dans les années 20, c. à d. limiter le nombre de caractères chinois utilisés de manière courante, limiter mais non pas les supprimer. Cette liste est fixée en 1946 à 1850 caractères dont 881 sont prioritaires et enseignés au cours des six premières années de l’école primaire (46 la première année, 105 la deuxième etc.). Les autres le sont dans l’enseignement secondaire. Cette limitation constitue une économie considérable pour les journaux qui dans les années 20 devaient disposer dans leur imprimerie de 7500 à 8000 caractères chinois. Autre simplification notable: les machines à écrire qui comportaient, comme en Chine (j’en ai rapporté un exemplaire), 3500 caractères et ne pouvaient être manoeuvrées que par des experts. Alors que la liste publiée en 1946 s’intitulait «caractères pour l’usage présent» et laissait prévoir une évolution vers la suppression pure et simple des caractères chinois, une nouvelle liste a été arrêtée en 1981, une liste de 1951 caractères et intitulée «caractères d’usage permanent». La bataille est terminée. Les caractères chinois vont subsister en compagnie des kanas, les caractères syllabiques. Le Japon a relevé la tête. D’ailleurs certains n’ont-ils pas dit: «abandonner les caractères chinois c’est mépriser l’Asie»? Et c’est ainsi que le jour où j’ai voulu prendre le Shinkansen pour Osaka, le guichetier à qui j’ai voulu acheter un billet m’a d’abord envoyé vers des distributeurs automatiques où tout était écrit en caractères chinois et lorsque j’ai enfin pu obtenir mon billet j’ai été dans l’impossibilité de savoir de quel quai il partait, car encore une fois toutes les indications de destinations et de voies n’étaient données qu’en japonais. C’est comme les noms de rues qui n’existent pas à Tokyo: quand vous voulez vous rendre chez quelqu’un il faut d’abord qu’il vous envoie par fax à votre hôtel un plan avec des annotations en japonais pour que votre chauffeur de taxi (qui ne parle évidemment pas anglais) sache où vous amener. En matière de commerce international on appelle cela des barrières non-tarifaires.

Comment les autres pays qui avaient adopté les caractères chinois, c. à d. Vietnam et Corée, ont-ils résolu le problème?
Le Vietnam était vassal de l’Empire Céleste dès le troisième siècle avant Jésus-Christ et a donc adopté les caractères chinois très tôt. On pourrait penser que le système d’écriture chinois est mieux adapté au vietnamien qu’au japonais et qu’au coréen car c’est également une langue monosyllabique sans flexions. Pourtant le vocabulaire est très différent. La grand spécialiste de l’Indochine Georges Coedès qui a été le Directeur Honoraire de l’Ecole Française d’Extrême-Orient (voir n° 2274 George Coedès: Les Peuples de la Péninsule indochinoise - Histoire - Civilisations, édit. Dunod, Paris, 1962), pense qu’à la base le vietnamien était lié au groupe linguistique nôm-khmer d’où provient une grande partie de son vocabulaire, même s’il a adopté un système tonal comme ses voisins chinois et thaïs. Pendant longtemps les élites ont tout simplement écrit en chinois. Et puis pour écrire en vietnamien on met au point un système de transcription au moyen de caractères chinois simples ou combinés entre eux pour noter le son d’un mot vietnamien (donc une transcription phonique) ou le sens et le son combinés du mot vietnamien. Ce système d’écriture s’appelle le chü-nom. Et c’est en chü-nom qu’a été écrite la plus célèbre des oeuvres vietnamiennes, le Kim-Vân-Kiêu (voir n° 2337 Nguyên-Du: Kim-Vân-Kiêu, édition bilingue, Editions Alexandre de Rhodes, Hanoï, 1942), un roman en vers, écrit vers 1800, dont la source serait un conte chinois (voir n° 2984 Tran-Cuu-Chan: Etude critique du Kim-Vân-Kiêu, Poème national du Vietnam, édit. Imprimerie de l’Union - Nguyen-Van-Cua, Saïgon, 1948) et qui est une formidable histoire d’aventures et d’amour, l’histoire de deux jeunes gens, Kim et Kiêu qui s’aiment d’amour tendre mais qui sont soumis à des épreuves sans fin jusqu’au happy-end où Kim retrouve Kiêu. Bien que celle-ci ait dû subir de nombreuses déchéances, leur amour triomphe de tout:
«Dans la joie de leur réunion, ils pensaient, émus, aux amours de jadis;
Quand leur jeunesse s’était épanouie comme le tendre nénuphar et comme le délicat pêcher...
Cette nuit-là leur bonheur fut comblé.
Au profond de la nuit, sous les tentures brodées, entre les rideaux de mousseline,
A la lueur de la lampe, ils se prouvèrent leur amour, et toujours plus vif était leur plaisir.»
(Traduction prise dans n° 2137 Pierre Huard et Maurice Durand, membres de l’Ecole Française d’Extrême-Orient: Connaissance du Vietnam, édit. Ecole Française d’Extrême-Orient, Hanoï, 1954)
Mais les Vietnamiens s’étaient ouverts assez tôt à l’Occident (probablement pour des raisons politiques car ils ont toujours cherché à échapper au joug chinois). Les premiers Européens (d’abord Portugais bien sûr, puis Hollandais) arrivent dès la fin du 16ème siècle et commencent les conversions au christianisme. Au début du 17ème arrivent les Jésuites, et avec eux des frères japonais. Ils convertissent les Japonais établis à Hoï-An de longue date (il y avait des relations commerciales anciennes avec le Japon à partir de ce port et encore aujourd’hui si vous visitez cette ville vous pouvez y voir des maisons japonaises et surtout un très joli pont couvert «japonais»). Pour ce faire ils utilisent un alphabet en lettres latines qui avait été développé par les Jésuites pour écrire le japonais, le rômaji (bizarrement on n’en trouve pas mention dans les ouvrages traitant des questions d’écriture japonaise cités plus haut). D’où l’idée d’en faire autant pour le vietnamien: un groupe de travail est créé, composé d’érudits de différentes nationalités et animé et dirigé par le Père Alexandre de Rhodes (un Jésuite français originaire d’Avignon et qui a été le premier Supérieur d’une mission créée au Tonkin en 1626). Celui-ci publie un dictionnaire dès 1650. Le système d’écriture alphabétique qu’il a développé, appelé quôc-ngü, est encore perfectionné plus tard par un autre religieux, Mgr. Pigneau de Behaine, au 18ème siècle et par Mgr. Tabard au 19ème. Cette écriture fut d’abord progressivement introduite dans le sud où les résistances des élites sinisantes étaient moins fortes (il faut croire que la France y était pour quelque chose puisqu’elle avait obtenu la cession de trois provinces en 1861 et avait officiellement créé la colonie de Cochinchine en 1867). Au nord il a fallu attendre un peu plus longtemps. Les concours littéraires et l’étude des idéogrammes se sont maintenus jusqu’en 1912 à Hué. C’est seulement à partir de cette date que le quôc-ngü est devenu la seule graphie officielle au Vietnam. «La romanisation», disent les auteurs de Connaissance du Vietnam, «a donné à ce pays un instrument d’affranchissement intellectuel et de diffusion culturelle inégalé en Extrême-Orient».
En Corée les caractères chinois ont été introduits encore plus tôt qu’au Japon et qu’au Vietnam (bien avant l’ère chrétienne). Là aussi comme dans les deux autres pays les caractères chinois (les Hancha) ont été utilisés pour la transcription du coréen soit pour leur sens, soit pour leur son (voir n° 1770 Pictorial Sino-Korean Characters, Fun with Hancha, by Rev. Jacob Chang-Ui Kim, édit. Hollym International Corp., Elizabeth, New-Jersey, USA - Séoul, Corée du Sud, 1988). Et pourtant quand on lit une histoire de la littérature coréenne (voir n° 2663 Kichung Kim: An introduction to Classical Korean Literature, édit. M. E. Sharpe, Armonk, Etat de New-York , USA - Londres, 1996), on a l’impression que les élites coréennes ont, jusqu’à la fin du 19ème siècle, écrit directement en chinois. Ce qui est d’autant plus surprenant que la Corée a développé assez rapidement un véritable alphabet et qu’on en connaît même l’auteur, le roi Sejong, qui l’a présenté à ses érudits en 1443 (les érudits étaient bien sûr contre; l’un d’eux a même prétendu que c’était une insulte faite aux Chinois) et qui l’a officiellement promulgué en 1446 (voir n° 2013 The Origin of the Korean Alphabet, Hangul, according to new historical evidence, by Sang-Beck Lee, Professor of Seoul National University, édit. Tong-Mun Kwan, Séoul, 1957). Le roi, dans ses écrits, a d’ailleurs clairement exprimé quel objectif il s’était fixé: créer un outil grâce auquel les gens du commun pourraient exprimer leurs idées par écrit et que l’on arriverait ainsi à propager une véritable culture nationale.
Contrairement aux kana japonais les caractères coréens, appelés alphabet hangoul, ne sont pas un syllabaire mais un véritable alphabet constitué de consonnes et de voyelles (24 aujourd’hui, 28 à l’origine). Quand vous les voyez pour la première fois affichés sur les murs à Séoul vous ne vous doutez pas qu’il s’agit d’un alphabet car ils ne sont pas placés côte à côte (ils peuvent l’être pourtant) mais superposés pour composer une syllabe et vous avez l’impression d’avoir affaire à un caractère chinois.
Mais les efforts du bon roi Sejong n’ont pas servi à grand-chose. L’écriture hangoul est restée une écriture pour femmes et pour gens du peuple. Une fois de plus on voit les élites vouloir préserver leur élitisme! Ce n’est qu’au 20ème siècle que le hangoul s’est imposé. On a commencé à publier des journaux dans une écriture qui mélangeait caractères chinois (il faut dire que le coréen comme le japonais a une énorme quantité de mots d’emprunt chinois) et caractères alphabétiques. Et qu’on semble encore utiliser aujourd’hui. Lors de mon voyage en Corée du Sud j’avais cru comprendre que les caractères chinois avaient été complètement abandonnés, ce que semblait confirmer le guide que j’avais acheté (A Handbook of Korea, édit Hollym, 1990) qui ne mentionnait même plus les caractères chinois ni dans son chapitre sur l’écriture ni dans celui très fourni sur le système d’éducation coréenne. Or le Révérend Chang-Ui Kim dont l’ouvrage date de 1988 prétend que les universitaires continuent à écrire avec une proportion d’environ 70% de caractères chinois et de 30% de caractères alphabétiques, que le Gouvernement coréen, comme le japonais, a établi (en 1972) une liste limitative de 1800 caractères chinois supposés être les plus usuels et que les journaux ont eux aussi accepté de limiter le nombre de caractères qu’ils emploient. Pour lire un journal, dit encore le Révérend, il faut malgré tout connaître environ 2000 caractères chinois! Alors élites pas mortes? Ou simple nécessité, comme en japonais, de distinguer les trop nombreuses homonymies héritées du chinois par des caractères signifiants plutôt que phonétiques?


(2003)


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