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Tome 1 : Notes de lecture, 3: Littérature scandinave
(Sagas islandaises, Loki, Trickster, les Vickings, Knut Hamsun, Selma Lagerlöf, Karen Blixen).
 

1) n° 0881: Régis Boyer: Les Sagas Islandaises. Edit. Payot, Paris, 1978
2) n° 0881: La Saga de Njall le Brûlé (Brennu-Njals Saga), trad. Régis Boyer. Edit. Aubier-Montaigne, Paris, 1976.
3) n° 0887: La Saga de Snorri le Godi (Eyrgygga Saga), trad. Régis Boyer. Edit. Aubier-Montaigne, Paris, 1973.
4) n° 0886: La Saga des chefs du Val au Lac (Vatnsdoela Saga), trad. Régis Boyer. Petite Bibliothèque Payot, Paris, 1980.
5) n° 0882-85: Isländische Erzählkunst. Vol. 1 Isländische Sagas - Vol. 2 Historische Sagas - Vol. 3 Heldensagas - Vol. 4 Hans Kuhn: Das alte Island.
6) n° 0890: Grettir’s Saga, trad. Denton Fox et Hermann Palsson. Edit. University of Toronto Press, Toronto, 1985.

Les grandes Sagas classiques, aussi appelées Sagas des Islandais ou Sagas des Familles ont été rédigées entre 1250 et 1300. C’est parmi elles que l’on trouve les véritables chefs d’oeuvre, et d’abord la Saga de Njall le Brûlé composée vers 1280 par un auteur inconnu (de toute façon la plupart des auteurs le sont). Le personnage qui donne le titre à la Saga, Njall, est un homme droit et sage qui est mouillé dans une histoire de vengeance entre clans par amitié et qui comme son nom l’indique finit brûlé avec sa femme et ses fils dans sa demeure. Heureusement l’un de ses fils parvient à s’échapper permettant ainsi à l’histoire de continuer. La Saga de Gisli Sursson (dans vol. 1 Isländische Sagas: Gisli der Geächtete) est une histoire romantique dont le héros est un proscrit et meurt superbement après un combat sur un rocher où, après s’être battu contre une dizaine d’adversaires, bandé ses intestins à l’air avec sa chemise et sa ceinture, se jette en bas en fendant la tête de son dernier ennemi avant de mourir. Grettir’s Saga (la Saga de Grettir le Fort) est également une histoire de proscrit, sombre et amère, où la magie tient une place importante. Ce proscrit-là est un vrai rebelle. A la fin il a toute l’île contre lui. Lui aussi meurt sur un rocher, une île-rocher, mais seule la sorcellerie vient à bout de ce héros fort et romantique avant l’heure. La Saga de Snorri le Godi (en islandais: Eyrbyggaja Saga) est une autre histoire très attachante. Elle est centrée sur un personnage roué et chicanier (les Islandais étaient très intéressés par les questions de droit), un Godi. (Les Godis étaient des prêtres de la religion nordique mais avaient aussi acquis avec le temps des prérogatives judiciaires et étaient donc devenus des espèces de chefs). Hrafnkels Saga Freysgoda (dans vol. 1 Isländische Sagas: Freyspriester Hrafnkel) est aussi une histoire de Godi, mais un Godi fort et violent et qui tue un homme pour l’amour d’un étalon. Vatnsdoela Saga (Les Chefs du Val du Lac) et Laxdoela Saga (Vol. 1 Isländische Sagas: Leute aus dem Lachswassertal) sont des histoires qui ont visiblement subi l’influence des romans courtois français. Enfin la Saga d’Erik le Rouge (Vol. 2 Historische Fahrten und Abenteuer: Erich der Rote) est surtout connue parce qu’on en a déduit que les Islandais avaient découvert l’Amérique 500 ans avant Christophe Colomb (le fameux Vinland).
Ce qui fait le lie entre toutes ces Sagas c’est d’abord leur style qui est unique. La phrase est courte, l’action ne s’arrête jamais, la litote et l’humour règnent et font penser à l’understatement et à l’humour britanniques d’aujourd’hui. Dans l’histoire de Gisli, son beau-frère Verstein est attaqué dans son sommeil par un agresseur inconnu qui le transperce de sa lance. Il se réveille, dit « Bien planté! « et meurt. Dans une autre Saga, je ne sais plus laquelle, une bande d’ennemis s’approche d’une maison où dort le héros, appelons-le Thorstein; ils envoient un éclaireur pour savoir s’il est dans sa demeure. Celui-ci grimpe sur le toit, cherche à voir. Thorstein voit quelque chose de rouge par une ouverture, lance sa hallebarde, l’éclaireur retombe sur le sol, s’approche de son groupe, on lui demande: est-il à la maison? Il dit: «Thorstein, je ne sais pas. Mais sa hallebarde oui.» Et il tombe mort.
Mais il n’y a pas que le style. Il y a la psychologie des personnages, leur philosophie de la vie. Il y a aussi la poésie qui naît chaque fois qu’apparaissent des visions, des prophéties, la magie, la sorcellerie et les monstres sur la lande.
«Les Sagas des Islandais sont en avance sur leur temps de plusieurs siècles, tant par le style que par la vision du monde qu’elles proposent», dit quelque part Régis Boyer. «L’honnête homme de notre temps se doit de connaître au moins les cinq grandes: Njall le Brûlé, Snorri le Godi, les Chefs du Val au Saumon, Grettir le Fort et la Saga d’Egill, fils de Grimr le Chauve». Cette dernière, je ne l’ai pas. Mais elle se trouve sûrement dans le volume que la Pléïade a consacré aux Sagas - sous l’égide de Régis Boyer, bien sûr.

7) n° 0880 L’Edda Poétique. Présentation et traduction de Régis Boyer. Edit. Fayard, 1992.
8) n° 2786 Régis Boyer: Les Sagas légendaires. Edit. Les Belles Lettres, Paris, 1998.
9) n° 0891 et 92 Snorri Sturluson: Heimskringla, the Olaf Sagas. Trad. Samuel Laing. Edit. Dent - Everyman’s Library, Londres, 1978.

Les Sagas des Islandais ne forment qu’une petite partie de l’immense production littéraire islandaise des 12ème, 13ème et 14ème siècles, de ce véritable miracle islandais. D’abord il y a l’Edda poétique, surtout intéressante pour ceux qui étudient les mythes, le folklore et l’ancienne mythologie germanique. Ensuite il y a toutes les autres Sagas: les Sagas des Contemporains, les Sagas Royales, les Sagas antiques ou légendaires et les Sagas de Chevaliers.
Le thème principal des Sagas légendaires est le Viking. Mais on y trouve aussi deux héros en général plus connus par les épopées allemandes, Sigurd, qui est le Siegfried du Nibelungenlied (voir n° 0004 Das Nibelungenlied, édit. Ed. Weber, Bonn, 1839 et n° 0005 La Chanson des Nibelungen, trad. Colleville et Tonnelat, Aubier édit Montaigne, Paris, 1979) et Thidreks de Bern, qui est le Dietrich de Berne du Dietrichslied (voir n° 2537 Georges Zink: Les Légendes héroïques de Dietrich et d’Emmerich, édit. IAC, Paris-Lyon, 1950). (Je dois avouer que dans ma jeunesse, puisque les Nibelungen faisaient partie, bien sûr, de nos lectures scolaires du temps de l’occupation allemande, je prenais le Dietrich de Berne pour un brave chevalier suisse, d’autant plus qu’il pratiquait déjà la neutralité entre Huns et Burgondes, et je n’ai appris que beaucoup plus tard qu’il s’agissait de Vérone et non de Berne et que Dietrich était un roi Ostrogoth qui s’appelait Théodoric). L’histoire de Sigurd, le tueur de dragons se trouve dans la Saga des Völsungar (voir Isländische Sagas vol. 3 Die Völsungen).
Les Sagas des Olafs font partie d’un ensemble qui s’appelle Heimskringlar (L’orbe du monde) qui est en fait une histoire de la Norvège. Le peuplement de l’Islande s’étant fait essentiellement par des rebelles qui ont fui la tyrannie du premier des rois de Norvège, le fameux Harald à la Belle Chevelure, entre 875 et 930, on peut s’étonner de l’intérêt témoigné par des écrivains islandais à ce pays. C’est que les Islandais, même s’ils se sont mélangés à des Celtes du Yorkshire - soit qu’ils se soient établis là-bas avant d’émigrer vers l’Islande, soit qu’ils y aient pris des serfs, au point qu’ils sont aujourd’hui beaucoup plus bruns que les autres Scandinaves - continuent à considérer la Norvège comme la terre de leurs ancêtres et lui gardent un attachement certain. La Heimskringla est constituée de 16 Sagas. Deux Sagas concernent des Olafs: celle d’Olaf Trygvesson, le premier à s’être converti au christianisme, un peu avant la fameuse décision collective des Islandais au Thing de 999, et la plus importante et la plus belle, celle de Olaf Haraldsson, devenu St. Olaf après sa mort et qui a régné entre 1015 et 1030.
Mais le plus intéressant là-dedans ce n’est pas l’oeuvre, c’est l’auteur c. à d. Snorri Sturlusson, né en 1178, mort assassiné en 1241. Un politique, avide de pouvoir et de richesse et qui arrive, à un moment donné, grâce à ses frères et à un mariage, à devenir l’homme le plus puissant et le plus riche de l’île. Au point qu’on appellera l’époque à laquelle il vit l’âge des Sturlunga. Il séjourne plusieurs fois en Norvège, fréquente le roi Haakon qui cherche déjà à mettre la main sur l’Islande. On le soupçonne de collaboration mais il semble plutôt avoir encouragé ses concitoyens à résister et c’est d’ailleurs sur l’ordre de Haakon qu’il finit par être tué.
A côté de ses activités politiques il est un des grands de la littérature islandaise de ce temps. On pense qu’il est l’auteur de l’une des 5 grandes Sagas, celle que je n’ai pas, la Saga d’Egill, fils de Grimli le Chauve. D’ailleurs Egill était le grand-père de sa mère et un grand poète lui aussi. Plusieurs poèmes d’Egill se trouvent dans la Saga. Snorri a reçu une éducation très soignée grâce à un parrain, un personnage important, à Oddi dans le sud de l’Islande, un centre de culture depuis le début du 12ème siècle. C’est là qu’il a beaucoup appris sur l’histoire, la généalogie, le droit, la poésie, la mythologie. Il est certain aussi que ce centre a dû être ouvert sur le monde, que devaient s’y trouver des lettrés de l’Eglise et que les oeuvres françaises et anglaises ne devaient pas y être inconnues. C’est certainement grâce à l’éducation reçue à Oddi que Snorri Sturlusson a pu écrire son autre ouvrage magistral, l’Edda en prose, dans laquelle on retrouve tout ce que nous savons aujourd’hui sur la mythologie nordique ainsi que de nombreuses explications concernant la poétique ancienne. On y trouve même de nombreuses interprétations à propos de l’origine des croyances (l’émerveillement des humains devant les phénomènes du ciel et de la terre, de la fertilité, de la naissance et de la mort) que l’on pourrait transposer telles quelles dans une histoire des religions moderne.

10) n° 1735 Georges Dumézil: Loki, Flammarion, 1996.

Il y a dans la mythologie scandinave une figure tout à fait singulière et qui n’a pas d’équivalent, au moins direct, dans la mythologie grecque. On sait que les trois grands du ciel scandinave sont Odin qui n’a qu’un oeil, mais voit tout, qui est la sagesse même et qui est le souverain, Thor au marteau et au tonnerre, qui est dieu de la force et du combat, et enfin Freyr, le dieu de l’abondance qu’il ne faut pas confondre avec Freya, l’épouse d’Odin. C’est la trilogie chère à G. Dumézil qui a trouvé que la caractéristique des peuples indo-européens était la division en trois catégories: les prêtres-rois, les soldats et les paysans. Loki, lui est à part. Le seul équivalent que Dumézil lui a trouvé est un dieu ou un héros des légendes des Ossètes, un peuple du Caucase, descendants des anciens Scythes: Syrdon. Loki qui accompagne souvent Odin dans ses pérégrinations, avec un autre personnage, Hoenir - qui lui est sage puisqu’il ne parle jamais -, Loki est ingénieux, inventif, outrecuidant, vantard, curieux, menteur, totalement amoral, méchante langue. Il n’arrête pas de jouer des tours, des mauvais tours, le plus souvent aux dieux mais aussi, sous leur menace, à leurs ennemis. Il peut se métamorphoser en n’importe quel animal, en femme aussi car il n’a pas le sens de sa virilité, ni de sa dignité d’ailleurs. Il montre enfin qu’il est foncièrement mauvais en causant la mort de Baldr, un fils d’Odin, le symbole de la beauté et de la bonté à la fois. Celui-ci se sentant menacé, avait demandé aux dieux de faire en sorte que tous les animaux, les végétaux, les pierres ne puissent le blesser. Or on avait oublié le gui. Loki va le savoir grâce à une ruse. Et lorsque les dieux s’amusent à jeter toutes sortes d’objets sur Baldr qui est devenu invulnérable, il donne une branche de gui à l’aveugle Hodr, autre fils d’Odin, et guide son tir. Baldr est tué. Avec lui l’âge d’or. Loki va plus loin encore car lorsque le dieu gardien de l’au-delà dit autoriser le retour de Baldr à la vie si le monde entier le pleure, Loki est le seul à refuser. Il est puni sévèrement par les dieux, attaché à des pierres par les intestins de ses fils tués, avec un serpent qui déverse son venin sur sa tête. Le jour où il arrivera à se libérer, lui et toutes les forces du mal vont exterminer tous les bons et provoqueront la fin du monde.
Dumézil voit dans Loki le symbole de l’intelligence impulsive. C’est un marginal, car il est un dieu inférieur. Mais sa forme d’intelligence, qui est brillante, intuitive, brise tous les carcans sociaux, sexuels, moraux, tout ce qui est tradition. C’est l’intelligence qui détruit comme elle est capable de créer.

11) n° 1565 Paul Radin: The Trickster, a study in American Indian mythology, Routledge and Kegan Paul, Londres, 1956.
12) n° 2757 Franz Boas: Race, Language and Culture, The Macmillan Company, New York, 1948.
13) n° 3038 Barry Holstun Lopez: Giving Birth to Thunder, Sleeping with his Daughter, Coyote builds North America, Sheed Andrews and McMeel, Kansas City, 1977.

Si je fais une incursion rapide dans la mythologie et le folklore des Indiens d’Amérique, c’est que l’on trouve chez eux une figure également assez particulière qui est celle du trickster et qui a quelque chose en commun avec Loki: celle de jouer des tours (d’être souvent joué aussi), d’être totalement amoral, menteur, paillard, capable de métamorphoses (capable de se transformer en femme aussi). Il n’a pas l’intelligence de Loki mais il représente le côté irrationnel de l’homme, qui est comme chacun sait, également à l’origine de l’imagination et de la création. D’ailleurs le trickster nord-américain est souvent aussi un culture-hero, c. à d. un héros qui participe à la création du monde et qui apporte la civilisation à l’homme. Ainsi dans les histoires de Coyote rapportées par Barry Holstun Lopez on en trouve plusieurs du type explication des origines (Coyote creates the Earth, Coyote makes the Human Being, the Creation of the Shoshone, Coyote places the Stars). Il y en a également une qui rappelle l’histoire de Prométhée, la récupération du feu (How Coyote brought fire to the people). C’est un aspect qui n’existe pas chez Loki. Il y a d’ailleurs une autre histoire étrange: Coyote visits the Land of the Dead. Dans cette histoire qui rappelle celle d’Eurydice, Coyote récupère sa femme d’entre les morts, mais doit traverser 5 montagnes avant de la toucher. Au départ elle est presque invisible (a ghost) puis devient de plus en plus réelle. Avant la 5ème montagne, Coyote se jette sur elle. Elle retourne chez les morts. Si cette histoire est vraiment originelle, elle prouve une fois de plus que l’esprit de l’homme fonctionne de la même manière partout et, confronté aux mêmes problèmes (ici la mort), invente les mêmes mythes.
Le Coyote n’est qu’un avatar du trickster parmi d’autres. Le grand linguiste, folkloriste et anthropologue Franz Boas, dans Mythology and Folktales of the North-American Indians, montre que le trickster peut être représenté par le corbeau, le vison, le geai (Bluegay), le coyote (chez les Indiens des plateaux) ou le «Old Man».
Paul Radin étudie en détail le cycle de contes de trickster d’une autre tribu indienne: les Winnebagos. Il note que dans ce cycle on ne trouve aucun conte qui se rapporte à un fait de culture-hero (c.à d. un créateur ou un bienfaiteur de l’humanité). Radin étudie également les cycles de tricksters de beaucoup d’autres tribus indiennes: les Assiniboine, les Tlinget, les Blackfeet, les Crows (Old Man), les Gros Ventre, les Shoshones, les Ponca, les Dakota-Sioux, les Oglala (Araignée), etc. Et constate que la figure du trickster est connue par l’ensemble des tribus indiennes de l’Amérique du Nord. Cela est d’autant plus remarquable qu’elles diffèrent énormément entre elles par leurs cultures et surtout par leurs langues.
Paul Radin en conclut que le culture-hero correspond à un mythe différent, souvent représenté par un lièvre (comme en Amérique du Sud) et que le trickster pur correspond à un mythe très ancien. A l’état pur le trickster est une personne vorace, qui ne reste jamais en place, à la sexualité encombrante. Il peut représenter l’homme primitif, l’enfant et son éveil à la conscience par la sexualité, l’irrationnel et l’amoral dans l’homme. Il peut aussi être une simple satire de l’homme et de la société.
Le livre de Radin contient une étude de Karl Kerenyi cherchant des parallèles entre le trickster et la mythologie grecque. Cette étude ne présente pas beaucoup d’intérêt. Chez les anciens Grecs il y avait bien un culture-hero tout à fait typique: Prométhée. Tout le monde connaît l’histoire du vol du feu mais beaucoup ignorent que c’est également Prométhée qui a créé l’homme, à l’insu de Jupiter d’ailleurs. Seule Minerve l’a aidé. Quant aux éléments amoraux ou irrationnels chez Hermès ils sont trop tenus pour pouvoir être comparés à ceux du trickster. Et si Hermès est le dieu des voleurs c’est bien naturel puisqu’il est celui des commerçants!
Plus intéressante est la contribution de C. G. Jung (On the Psychology of the trickster figure). Il était normal que la psychanalyse s’intéresse au trickster et y reconnaisse les aspects cachés du subconscient, qu’il le lie aux phénomènes de notre propre histoire, les vieux contes italiens, le roman picaresque, Rabelais, le carnaval et tout ce qui secoue notre civilisation rationnelle et morale. N’oublions pas Feuerbach qui a dit que ce n’est pas Dieu qui a créé l’homme à son image mais que c’est l’homme qui a créé Dieu à son image à lui. Ses dieux et ses mythes, pourrait-on ajouter.
Et pour revenir à notre monde scandinave il y a bien quelques traits de Loki, sa vivacité, son envie d’aller contre les règles, contre la raison, de créer la bagarre, etc. qui devaient se retrouver dans l’inconscient de nos vieux Vikings!

14) n° 0874 Halldor Kiljan Laxness: La Cloche d’ Islande, trad. Régis Boyer, édit. Aubier Montaigne, Paris, 1979.

Voilà une Saga moderne écrite par un Prix Nobel islandais (1955) à la gloire de son pays et d’un Islandais méritoire, le collectionneur de manuscrits Arni Magnusson (1663 - 1730). Cette Islande, si fière, si indépendante, si cultivée, si créatrice sur le plan littéraire, commence son déclin dès 1264, en même temps que la famille de Sturlunga, avec la mainmise de la couronne norvégienne. La situation empire encore au siècle suivant, lorsque la Norvège elle-même devient vassale du Danemark. C’est alors vraiment que commence la longue nuit islandaise qui va durer jusqu’à la fin du 18ème siècle. Les Danois vont s’avérer être d’incroyables tyrans, isolant l’île, donnant le monopole sur tout le commerce aux armateurs et trafiquants danois, affamant véritablement la population, leur imposant le protestantisme et décapitant leur dernier évêque. Et pourtant les Islandais vont garder la plupart de leurs écrits par l’oral et par le manuscrit, préservant en même temps leur ancienne langue, le norroit. Quand j’ai demandé au responsable de notre bureau danois, après une soirée passée à parler des Sagas, s’il était capable de les lire dans le texte, il m’a répondu: Nous non, les Islandais oui. Suède, Norvège et Danemark parlent des langues très voisines. Ils se comprennent entre eux au point que je me suis toujours demandé s’ils n’auraient pas pu se créer une langue écrite commune, ce qui aurait économisé beaucoup d’argent à nos instances communautaires. Mais les Islandais sont restés à part. Ils parlent encore aujourd’hui la langue de leur Moyen-Âge.
Si à l’époque où se passe le roman de Laxness, c. à d. celle d’Arni Magnusson, la situation commence à évoluer grâce à un roi danois un peu plus ouvert et que les manuscrits d’Arni pourront être conservés dans une bibliothèque spéciale à Copenhague (qui allait d’ailleurs brûler comme tant d’autres bibliothèques dans l’histoire de l’humanité), ce n’est qu’au 18ème siècle et au début du 19ème que l’Islande obtient peu à peu son autonomie et ce n’est qu’en 1944 grâce à la seconde guerre mondiale qu’elle devient enfin indépendante. Au même moment les Américains y imposent une base militaire avec entreposage d’armes nucléaires. C’est alors que Laxness - qui y est opposé - écrit la 2ème partie de sa Cloche d’ Islande, qu’il termine avec cette phrase: «Un serviteur bien gras n’est pas un grand homme. Un esclave que l’on rosse est un grand homme, car dans sa poitrine habite la liberté».

15) n° 3035 Gunnar Gunnarsson: Frères Jurés, trad. Régis Boyer, édit. Fayard, Paris, 2000.

Encore un livre moderne qui fait revivre l’histoire des anciens Islandais. Gunnarsson est né en 1889 et a écrit ce roman en 1918. Il était Islandais mais a vécu au Danemark et a écrit le gros de son oeuvre en danois. Régis Boyer, dans sa postface, déclare qu’il est l’un des grands écrivains scandinaves de ce siècle. Je ne partage pas son enthousiasme. On est loin du style des Sagas. C’est lent, répétitif et un peu romanesque. Par contre c’est une reconstitution tout à fait authentique du début de la colonisation de l’Islande, des moeurs et des croyances, et relate quelques expéditions vikings qui doivent également représenter la réalité: de jour on se place dans une baie à bonne distance des côtes et on troque avec les habitants et de nuit on s’en va, on longe les côtes et on va piller les villages, les fermes et les couvents que l’on a repérés.

16) n° 1864 Régis Boyer: Les Vikings, édit. Plon, Paris, 1992.
17) n° 1865 Rudolf Pörtner: Die Wikinger Saga, édit. Droemer-Knauf, Munich/Zurich, 1974.

On sait tout sur les Vikings. Ou on croit tout savoir. On sait qu’ils ont écumé pendant des siècles les îles britanniques et les côtes de l’Europe jusqu’à Cadix. On sait qu’ils ont été aussi des colonisateurs: la Normandie, et par la suite le sud de l’Angleterre et la Sicile. En cherchant un successeur à mon ami Simm à la tête de notre filiale anglaise située à Sheffield, j’ai eu du mal à comprendre pourquoi des Anglais du sud ou même de Londres, hésitaient à venir s’établir dans le nord. Jusqu’à ce qu’un candidat m’a avoué: «Vous savez, nous dans le Kent, on se considère comme Normands c. à d. des civilisés. Dans le Nord ils sont restés des sauvages.» Ce qu’on sait probablement moins c’est qu’ils ont pénétré aussi jusqu’à Byzance (où ils ont fourni une légion étrangère aux empereurs romains) et jusqu’à Samarcande, qu’ils ont créé le royaume de Kiev et donné leur nom (une tribu suédoise appelée les Rus) à la Russie. Rudolf Pörtner qui est journaliste mais qui s’est fait une spécialité de l’histoire antique, est d’accord avec Régis Boyer sur un point: les moines leur ont fait une réputation un peu trop noire. C’étaient des brigands, des pirates, des violeurs (On connaît l’histoire des Vikings de l’Est surtout par des chroniques arabes. Amin Razi raconte que les 400 hommes du roi des Rus avaient chacun leur esclave féminine et qu’ils s’en servaient publiquement en présence du roi même, quand ils en avaient envie) mais c’étaient aussi de remarquables commerçants, de merveilleux navigateurs, les constructeurs des bateaux les plus rapides de leur époque, des créateurs d’outils et d’oeuvres d’art (déjà le design scandinave) et des colonisateurs qui savaient exploiter leurs terres car ils étaient aussi et par-dessus tout des agriculteurs. Et enfin c’étaient des individualistes effrénés et ils avaient la nuque raide.

18) n° 0869 Knut Hamsun: Hunger, édit. Suhrcamp Verlag, 1979.
19) n° 0868 Knut Hamsun: Mysterien, avec postface de Henry Miller, édit. Suhrcamp Verlag, 1978.
20) n° 0867 Knut Hamsun: Die Stadt Segelfoss, édit. Rohwolt, 1959.
21) n° 0871 Knut Hamsun: Segen der Erde, Deutsche Buchgemeinschaft, Berlin/Darmstadt, 1951.
22) n° 0870 Knut Hamsun: Die Weiber am Brunnen, Deutsche Buch-gemeinschaft, Berlin, 1921.


Il y a très longtemps que j’ai lu Mystères pour la première fois. Et pourtant je me souviens de tout. De l’édition. C’était un livre de poche roro. De l’histoire, et surtout de l’incroyable dialogue entre Johann Nagel et Dagny Knieland, la fille du pasteur, sur un chemin forestier, au milieu d’une nuit de l’été nordique. Tout est étrange dans ce livre: le héros, l’histoire, l’atmosphère. Nagel est un romantique échevelé, en rébellion contre les grands hommes, contre le monde entier, contre les paysans norvégiens si terre-à-terre (ah, que sont devenus les fiers Vikings!), amoureux fou de la belle Dagny, en fait amoureux de toutes les femmes et sensuel, incroyable raconteur d’histoires fantastiques et poétiques, étranger au costume jaune et à la boîte de violon dans laquelle il n’y a pas de violon, débarquant dans une petite ville où personne ne le comprend, ni au début de l’histoire, ni à la fin, où pris par les fièvres et par ses propres créations imaginaires, il plonge dans la mer en pleine nuit pour ne plus jamais réapparaître. Car il ne cesse jamais, tout en cherchant continuellement à attirer l’attention de tous et de celle qu’il aime ou dit aimer si passionnément, à créer une image et puis la détruire aussitôt, en disant qu’il a menti, triché, calculé, et personne ne saura jamais où était le mensonge et où la vérité, était-ce maladresse ou malvivre ou jeu ou masochisme ou instinct de mort?
J’ai pu constater depuis que je ne suis pas le seul sur qui ce livre a fait une aussi forte impression. Henry Miller, qui nomme Knut Hamsun dans les livres de sa vie (n° 0746 Henry Miller: Les Livres de ma Vie, Gallimard, Paris, 1973) a lu Mystères dès sa parution en anglais vers les années 30 et s’est immédiatement identifié à Nagel. «C’est le livre qui m’est le plus proche de tous les livres que je connais», dit-il «C’est l’auteur que j’ai vraiment et consciemment essayé d’imiter, mais sans y réussir, semble-t-il...»
Knut Hamsun est né en 1859, a pendant longtemps vécu en vagabond, faisant mille métiers. Il a même émigré deux fois aux Etats-Unis où il a travaillé comme bûcheron et conducteur de tramway. C’est à 31 ans qu’il écrit son premier roman, la Faim, qui est pourtant encore aujourd’hui le plus connu de tous ses romans. Un roman qu’il faudrait relire à une époque où l’exclusion est une marque de notre société car je n’ai jamais vu décrire comme le fait Hamsun - qui l’a visiblement vécu - ce que peut ressentir celui qui ne vit plus que dans l’obsession de trouver un quignon de pain. Il a écrit Mystères deux ans plus tard à une époque où il était toujours vagabond, pauvre et amoureux. En 1920 il obtient le prix Nobel et meurt à l’âge canonique de 92 ans. C’était un amoureux de la nature, ennemi de la civilisation, anti-bourgeois, un poète qui a mis en scène des personnages d’une vitalité extraordinaire.
Il a paraît-il sympathisé avec le fascisme, ce qui semble assez incompréhensible. On pense à Céline, pas à cause de l’antisémitisme de celui-ci, mais parce que lui aussi était un écorché de la vie.

23) n° 0873 Selma Lagerlöf: Oeuvres (Saga de Gösta Berling - Jérusalem en Dalécarlie - Jérusalem en Galicie). Préface de Marguerite Yourcenar. Edit. Stock, Paris, 1976.
24) n° 0872 Selma Lagerlöf: Gösta Berling, Deutsche Buchgemeinschaft, Berlin, sans date.

Je connais le nom de Selma Lagerlöf depuis mon enfance. Car le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson était lui aussi, comme les Sagas islandaises, largement reproduit dans nos livres de lecture, lorsque l’Alsace était allemande. Un livre que Selma avait écrit, paraît-il, pour enseigner la géographie à ses élèves car elle était devenue enseignante ce qui n’était pas particulièrement fréquent pour une femme à son époque (elle était née en 1858). Le livre est d’ailleurs un livre d’éducation au sens large. Et un livre qui fait rêver les enfants. Qui ne voudrait voir la vieille Akka, l’oie sauvage, venir frapper la nuit à sa fenêtre, comme Peter Pan, et l’emmener à l’aventure? Je n’ai lu Gösta Berling que récemment. C’est un roman qui prend vite un ton épique. C’est une épopée, en fait, à la gloire non seulement de ce prêtre défroqué, alcoolique, bon vivant, capable aussi de repentance qu’est Gösta Berling, mais aussi des Cavaliers dont il fait partie et qui vivent sur la propriété d’Ekeby, de la Commandante d’Ekeby, une femme extraordinaire qui fait marcher l’économie de toute la région et puis surtout c’est une épopée à la gloire de ce Värmsland, une région sauvage entourée de montagnes avec de grands lacs, du minerai de fer, des forges, des ours, des loups, des trolls et des hommes qui sont restés tels qu’ils étaient dans les anciens temps, forts, bagarreurs, individualistes, près de la nature, un peu païens encore, mais capables aussi de grands mouvements du coeur.
Quand je vais à Stockholm rencontrer ces financiers suédois d’aujourd’hui, à la frêle silhouette, un air d’éternel adolescent, je me demande s’il est possible que leurs aïeuls aient été ces robustes et épais chasseurs d’ours et s’il est vrai que 150 ans plus tôt (l’histoire de Gösta Berling se passe aux alentours de 1840) les gens qui rentraient tard la nuit d’une fête chez les voisins en traîneau risquaient de se faire attaquer par la horde de loups qui les poursuivaient. Et pourtant on m’assure que s’il n’y a plus qu’une centaine de loups dans la Suède d’aujourd’hui, il y a toujours près de 500 ours et qu’il arrive encore assez souvent des accidents comme dans les parcs naturels américains (accidents particulièrement désagréables puisque l’ours commence à vous manger vivant).
Marguerite Yourcenar, qui préface l’oeuvre de Selma chez Stock, considère que Selma Lagerlöf est la plus grande des romancières féminines du 19ème siècle. Il est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de concurrence et que Selma elle-même ne semble pas avoir beaucoup de considération pour la fille du baron Necker puisque lors de cette fameuse poursuite nocturne par les loups, la femme enlevée par Gösta Berling jette le livre emprunté le même soir chez ses amis dans la gueule du chef de la bande pour le calmer, or il s’agit de Corinne ou l’Italie de Mme. de Staël! Marguerite Yourcenar - qui comme on sait a vécu une grande partie de sa vie avec une compagne-gouvernante-traductrice, Grace Frick, et qui s’est aussi intéressée à l’homosexualité masculine, entre autre en traduisant le grand poète grec d’Alexandrie, Constantin Cavafy, qui n’arrête pas de célébrer les beaux garçons - fait remarquer avec un peu de perfidie, il me semble, que Selma Lagerlöf avait elle aussi une compagne, une jeune veuve juive, une certaine Sophie. Une relation passionnelle certainement puisque Selma aurait dit après la mort de Sophie: « elle m’a souvent fait souffrir et je l’ai souvent fait souffrir».
Selma Lagerlöf était également une grande conteuse. Malheureusement ses plus beaux contes et ses nouvelles sont difficiles à trouver en français: Les Liens Invisibles, Le Monde des Trolls, La Fille du Grand Marécage, les Florins de Messire Arne, L’Anneau du Pêcheur. Espérons qu’un éditeur ait le courage de les reprendre.

25) n° 2599 Isak Dinesen (Karen Blixen): Out of Africa, Random House, New York, 1938 (1ère édition ).
26) n° 1153 Longing for Darkness. Kamante’s Tales from Out of Africa. Recueillis par le photographe Peter Beard. Postface de Jacqueline Bouvier Onassis. Chronicle Books, San Francisco, 1990.

«I had a farm in Africa.»

Quiconque a vu le film ne peut oublier cette phrase prononcée par une voix off tandis que défile un paysage africain avec sa terre jaune, ses arbres épars et ses lointains horizons. En fait la phrase qui ouvre le livre est un peu plus longue: «I had a farm in Africa at the foot of the Ngong hills». On dit que Karen Blixen était une admiratrice d’Olive Schreiner (dont je parlerai encore) et avait lu the Story of an African farm. La première phrase de Out of Africa semble s’en souvenir.
C’est à Johannesbourg, dans un supermarché, après la fin de l’apartheid bien sûr, que j’ai trouvé ces histoires racontées par Kamante qui fut son majordome et son cuisinier et recueillies par un journaliste-photographe admirateur de Karen. Avec une postface d’une autre admiratrice de Karen: Jacqueline Kennedy. Et on constate que la réputation de Karen n’est effectivement pas morte après elle, même en Afrique - on verra plus loin combien la réputation après la mort lui tient à coeur - et ne mourra pas de sitôt d’autant plus que ce sont les enfants de Kamante qui ont écrit (le texte est manuscrit) et illustré le livre en question. Kamante commence ses récits avec la même simplicité que Karen Blixen: « I Kamante Gatura was cooker in her house.»
Karen Blixen, 1921
Karen et ses chiens
Denis Finch-Hatton, son amant, 1931
Kamante Gatura, son majordome, 1990

27) n° 0859 Aaga Henriksen: Isak Dinesen / Karen Blixen: The Work and the Life, St. Martin’s Press, New York, 1988.
28) n° 0861 Karen Blixen: Le Dîner de Babette, Gallimard, 1961.
29) n° 0864 Isak Dinesen (Karen Blixen): 7 Contes Gothiques, Stock 1980.
30) n° 0862 Isak Dinesen (Karen Blixen): Winter’s Tales, Random House, New York, 1942 (1ère édition).
31) n° 0863 Karen Blixen: Nouveaux Contes d’Hiver (Last Tales),Gallimard, 1977.
32) n° 0860 Karen Blixen: Essais. Trad. Régis Boyer. Editions des Femmes, Paris, 1987

Tout le monde connaît son aventure africaine, la fin malheureuse avec la chute du prix du café, sa défense des indigènes, la perte de son amant-pilote Finch Hatton, la syphilis contractée par l’intermédiaire de son cousin de mari et son retour au Danemark où, sans le sou, elle n’a d’autre ressource que l’écriture (le courage lui a été donné, dit-elle, grâce au nom d’un bateau français coulé au large de l’Islande, un nom qui devint sa devise: le Pourquoi Pas?).
Est-ce que Karen Blixen peut être considérée comme une écrivaine scandinave? Elle écrit en anglais (7 Gothic Tales, Winter’s Tales, Last Tales, Out of Africa). Le livre pour lequel elle est surtout connu raconte son expérience africaine. (Elle était d’ailleurs partie en Afrique pour fuir le Danemark puritain). Une partie de ses contes se passent en Italie.
Et pourtant il y a quelque chose de cette force des anciens Scandinaves en elle. «J’ai été très forte, exceptionnellement forte pour une femme, capable de marcher ou de chevaucher plus longtemps que la plupart des hommes. J’ai bandé un arc de Massaï», dit-elle dans un discours prononcé devant une université américaine. Marcel Schneider qui écrit la préface aux Contes Gothiques parle d’une femme « tranchante comme une épée», avec un «regard cruel et velouté». A plusieurs reprises K. Blixen cite une strophe extraite de l’Edda: «Le bétail meurt, les parents meurent, nous-mêmes mourrons finalement, mais je sais une chose qui jamais ne meurt, le jugement porté sur chaque mort». Et ailleurs quand elle explique pourquoi au Kenya elle était traitée de «pro-native», elle dit: «ce n’était pas par sentimentalisme mais parce que quand je voyais comment la plupart des Blancs les traitaient, j’étais secouée et surtout humiliée. C’était une exigence pour ma propre race et une profonde aversion de la voir se dégrader». Il n’y a pas de doute. Le lien se trouve là. Karen Blixen est bien une représentante de cette vieille race scandinave toujours aussi jalouse de sa réputation.

(2001)


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